La gauche est pavée de donneurs de leçons

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A peine lancé, l’Appel pour une vraie force politique alternative de gauche , suscite des commentaires bien intentionnés. Comme d’habitude, les plus proches concernés sont les plus méfiants.

Florilège gourmand:

"Je m’étonne du procédé. A mon avis. c’est irréalisable." dit Jean-Luc Ardite, président du Parti du Travail de Genève

Et oui, désormais, il faut déposer une demande pour pétitionner publiquement…

" Je ne suis pas sûr d’avoir vu dans l’appel lancé qu’ils sont bien anticapitalistes", révèle Jean-Michel Dolivo, de solidaritéS-Vaud.

Dame ! il y a un brevet d’anticapitalisme ? Et il s’acquiert où ?

"De prime abord, c’est plutôt séduisant. Je crains seulement qu’il ne s’agisse d’une agitation sans lendemain plutôt que d’une réelle réflexion politique." déclare avec emphase Alain Bringolf, ancien président du PST-POP

Diable, où est-ce qu’on va avec tous ces agitateurs…

"Je suis prêt à accepter leur rhétorique antisocialiste pavlovienne s’ils sont sérieux" concède Christian Levrat, chef du PSS.

Oups, on ne rigole royalement pas dans ce milieu…

On se demande presque comment la gauche d’opposition existe encore avec tant de donneurs de leçons et de rabatteurs de joie…

Je sais que c’est triste tout cela, mais le train est parti, les signatures s’accumulent, les casseurs d’espoirs ne réussiront peut-être pas à empêcher un mouvement pluriel de naître. Ce n’est pas une course contre la montre, mais une course de sens.

Ah, si toutes ces bonnes âmes, qui ont l’air de connaître leur Capital par coeur, étaient juste un peu animées du merveilleux Manifeste des intellectuels antillais "pour des sociétés post-capitalistes"… On sortirait de passéisme et on entrerait vers le possible.

PS: Bodenmann met le doigt là où ça fait mal…

PS

La lettre ouverte de Peter Bodenmann, ancien président du PSS, à Christian Levrat met le doigt sur les récentes défaites successives des sociaux-démocrates suisses.

La direction du PSS se démène pour se montrer la plus compétente, la plus rapide, la plus efficace dans les solutions à la crise. Des plateaux médiatiques de choix sont servis à cet effet, mais rien n’y fait. La crise ne dope pas le PS. Bien, au contraire, ce sont encore et encore, les Verts et l’UDC qui continuent leur lent grignotage.

Bodenmann a raison de mettre en cause la stupidité de la défense du secret bancaire et la politique environnementale ridicule poursuivie par le PSS au Conseil fédéral. Sans parler de l’envoi de troupes suisses à l’étranger.

Il reste cependant l’essentiel, la ligne totalement sociale-libérale poursuivie derrière les effets de manche médiatique. Pourquoi choisir le PSS sur le marché électoral, si d’autres remplissent à merveille ses parts de programme ?

Politique sécuritaire ? Ils cliquent sur UDC
Anti-militarisme de base, pacifisme, ils cliquent sur les Verts
Ecologie ? ils cliquent sur les Verts
Refus du secret bancaire ? ils cliquent sur les Verts

Pourquoi choisir la copie à l’original ? Pour l’instant, élections après élections, ce sont les courants de fond observés.

Et ils sont déterminés largement par le fait que le PS est un parti du système, intégré au consensus politique, adaptateur de politique sociale-libérale, participant actif à un gouvernement de droite et d’extrême-droite.

Tout le reste n’est que gesticulations pour la galerie. Lorsque les gens veulent voter anti-système au coeur de cette crise financière et de valeurs, ils choisissent Verts ou UDC. cela fait mal, mais c’est ainsi.

Et la gauche de la gauche dans tout cela ? Absente, nationalement inexistante, enfermée dans son sectarisme d’organisation. Au moment où tous les remises en questions fondamentales du système capitaliste reviennent sur le devant de la scène, la gauche alternative et d’opposition se met aux abonnés absents, sans aucune volonté de travail unitaire comme « Die Linke » en Allemagne ou le « Front de Gauche » en France.

Il n’est cependant pas impossible que de ce désastre de perspectives, sorte quelques propositions qui redonnent de la voix à une Gauche anti-libérale… Urgence, il y a, encore faut-il avoir envie de la porter dans les milieux populaires.

solidaritéS: comme un déficit de fraternité…

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solidaritéS sera en congrès national avec ses 4 sections (Genève, Bâle, Vaud et Neuchâtel) dans quelques jours. Le parti suisse du travail-POP le fut aussi il y a quelques mois.

Comme le militant que je suis, partage une histoire commune depuis 2003, celle de "A Gauche toute !", je me suis plongé avec curiosité sur les textes de mes camarades de chambrée.

Pas beaucoup de surprise sur l’analyse du capitalisme helvétique et mondial. Nous avons de larges convergences sur la résistance à ce système, même si tout cela est dit de manière assez traditionnelle. Le seul élément rafraîchissant est l’apparition d’un discours sur la décroissance dans le cadre d’une réflexion sur l’écosocialisme…

Non, l’élément de surprise principal… c’est la large convergence de stratégie entre solidaritéS et le PST-POP sur l’identité, la recherche de pureté révolutionnaire, bref sur la solitude d’une extrême-gauche passablement marginalisée.

Bizarrement entre les responsables du PST-POP, qui rêvent de s’appeler bientôt "parti communiste suisse" et les responsables de solidaritéS qui veulent devenir le seul parti anticapitaliste, il y a comme un parallélisme: celui du "regroupez-vous autour de moi, je suis dans le vrai…"

Depuis 2003 pourtant, un espoir était né, celui de regrouper dans la diversité, toutes les composantes de la gauche de résistance en Suisse. Du chemin a été parcouru. Pas facile lorsqu’on connaît l’attachement de cette gauche à marquer à la culotte la moindre divergence de détail, sans parler des egos des militants.

Vous ne trouverez rien, rien de rien, dans l’analyse de cette période 2003-2009. Une sorte de trou noir. Dans le canton de Vaud, ce fut des innombrables assemblées communes, des congrès, des commissions de travail, des programmes communaux et cantonaux communs. Et même des élus communs ! Tout cela est passé à l’as, sans analyse même critique sur ce passé récent.

A Gauche toute ! / Linke Alternative est une histoire close apparemment. Mais le plus étrange, tant pour le PST-POP que pour solidaritéS, cela se fait en passant comme chat sur braises, comme pour ne pas devoir débattre.

Or le débat essentiel est celui du travail en commun, de la militance commune dans une même force anti-capitaliste nationale avec une vie démocratique plurielle à l’interne. C’est le seul enjeu qu’attendent tant de femmes et d’hommes authentiquement à gauche, qui en ont ras-le-bol des divisions sectaires et du repli sur soi. Et tout cela au coeur d’une crise financière et écologique du système. C’est aussi de cela que débattent nos camarades en Grèce, au Portugal, en France, en Allemagne.

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Les uns cherchent leur Besancenot sexagénaire, les autres leurs faucilles et leurs marteaux; la gauche est dans de beaux draps avec des configurations pareilles.

Il y a quelque chose qui manquera décidément toujours, c’est un peu de fraternité et de modestie dans nos combats. Cela ferait tellement de bien.

Il ne reste plus qu’à espérer que les unitaires de toutes les formations de la gauche de transformation sociale s’insurgent et refusent les murs que certains s’évertuent à élever pour la survie de leurs chapelles ! On verra…

Biométrie: hommage au référendaire anonyme

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Il y a parfois de ces petites joies intérieures en politique qui vous remettent d’aplomb. Le référendum contre la biométrisation généralisée de nos données personnelles en est une. Elle va donner lieu à un vrai débat de société.

Pourtant, nous étions parti de loin avant que le peuple puisse se prononcer.

Concoctée par Christoph Blocher, valet habituel des américains, de Schengen & Cie, repris par Evelyne Widmer-Schlumpf sans sourciller, avec l’aide de la Police fédérale, ce projet monstrueux, centralisateur est emblématique de ce que la Berne fédérale peut mitonner sans s’occuper des libertés citoyennes.

Mon refus d’entrée en matière du 12 mars 2008 n’a recueilli que 17 voix (dont seulement 1 PS, 5 Verts…) contre 147. Puis lentement, mais sûrement, le vote final a montré une évolution intéressante, trop rare pour ne pas être soulignée: 94 oui contre 81 non ! Et si 6 socialistes n’avaient pas voté oui, et si 5 PS et 1 Vert ne s’étaient pas abstenu, le score aurait été encore plus serré…

Aucune force nationale, petite ou grande (à part sur le papier, Les Verts et le PST-POP ) n’a créé de comité référendaire national, mais une myriade de jeunes passionnés, sans engagement politique particulier, ont pris le taureau par les cornes et se sont organisés. Puis, sont venus nos camarades de la Liste Alternative de Zürich, le POP & Gauche en mouvement de Vaud, quelques sections vertes locale et Jeunes UDC locales. Bref, un référendum essentiellement par internet, quelques relais maigres sur le terrain, mais efficaces et une conjonction politique d’oppositionnels pour des raisons parfois opposées.

Le cocktail a pris. Le peuple pourra se prononcer démocratiquement. Hommage donc au récolteur anonyme, au surfeur fou. Et quel regret cependant qu’une authentique force de gauche combative et unifiée n’existe pas sur le plan national…

Car nous serons le premier pays dans le monde à nous prononcer sur la biométrie. Ce n’est pas rien. Et nous pouvons gagner.

Rauber: nouveau secrétaire du POP vaudois ?

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André Rauber, le « grand » historien du mouvement communiste suisse et le dernier rédacteur en chef du quotidien « Voix Ouvrière » avant sa disparition définitive, est adulé depuis quelque temps par les média commerciaux.

Ce monsieur est un donneur de leçon patenté: dès qu’on lui donne l’occasion d’écrire, il se donne à coeur joie pour proposer en long et en large ses solutions sur l’avenir du POP vaudois.

C’est vrai qu’il en connaît quelque chose. Stalinien patenté pendant tout la période où il était dans les instances dirigeantes du PST-POP, il s’était particulièrement illustré dans le découragement de générations de jeunes popistes, qui n’en pouvaient plus de ses leçons politiques et de morales bréjneviennes.

Vu ses soucis personnels sur l’avenir du POP, qui l’empêchent de dormir, il devrait faire acte de candidature de secrétaire politique au prochain congrès devant ce qu’il appelle le « ras-le-bol face à la démarche égocentrique d’un dirigeant politique et du barrage qu’elle a constitué pour la promotion d’autres candidats de valeur » (Le Temps).

Il y a cependant juste deux hics: ce personnage de valeur devrait d’abord adhérer au POP et payer des cotisations et ensuite il devrait commencer à apprendre à manier le mégaphone, cela pourrait servir en cas de sortie inopinée dans la rue…