Manger est un acte agricole

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Lancée par des passionnés du goût, soutenue par des chefs-cuisiniers du territoire, rejointe par des producteurs authentiques du pays, la Semaine suisse du Goût est devenue depuis 16 ans une fête populaire du partage de la nourriture.

Chaque année, elle s’affirme comme plateforme nationale de la nourriture « bonne, propre et juste ». Petit-à-petit, les partenariats se tendent la main.

Quel sens donner à toute cette fête ? Rien de moins que l’appropriation de notre nourriture quotidienne que l’industrie agro-alimentaire s’est accaparée, souvent par notre passivité.

Que mangerons-nous en 2030 ? Certains ont l’objectif de nous faire ingurgiter des alicaments, des OGM, de la nourriture individualisée et standardisée. Bref, un programme de négation non seulement de la biodiversité alimentaire et culinaire, mais aussi du plaisir du goût.

Les moyens d’inverser ce système productiviste sans âme existent. La « famine au sud et la malbouffe au nord » n’est pas inscrit dans nos gênes. Ce modèle agro-alimentaire est arrivé à ses limites.
Par bonheur, nous avons les possibilités citoyennes de revoir cette copie médiocre, faite de pesticides dans les aliments, d’animaux gavés de soja OGM importé ou d’épidémie d’obésité.

Nos solutions ont pour nom : lutte contre le gaspillage alimentaire, plateforme de circuits courts, agro-écologie, ceinture verte autour des agglomérations, plus de légumineuses, de fruits et légumes et moins de viande robotisée. Et surtout : des producteurs de la communauté qui nous nourrit, payés à leur juste prix !

Prenez le temps de voyager dans le pays avec convivialité pendant cette Semaine du Goût 2016 !

De la nourriture électorale

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Le débat sur l’avenir de notre nourriture ne semble pas passionner les commentateurs des élections fédérales. Et pourtant, la Suisse va vivre dans les 4 ans qui viennent, un débat assez unique au monde, celui de son alimentation.

Elles sont 4 initiatives à se bousculer au portillon. Certaines ont déjà abouti (Pour la sécurité alimentaire de l’Union suisse des paysans, Contre la spéculation sur les denrées alimentaires des Jeunes socialistes), d’autres sont sur les rails (Pour des aliments équitables des Verts et Pour la souveraineté alimentaire du syndicat paysan Uniterre).

Unique au monde ce débat, parce que la population suisse, qui vit l’industrialisation de la nourriture dans son quotidien, jusqu’à la nausée … va pouvoir ajouter son grain de sel. Ailleurs, malgré les initiatives citoyennes pour sortir du supermarché, les décisions sont l’appropriation stricte à défaut des gouvernements, des multinationales de l’agro-alimentaire qui imposent leur libre-échangisme mondial.

Une petite enquête toute récente sur environ 600 candidats 2015 dans toute la Suisse donne la mesure des sommes folles que va devoir engager, sans tarder, le secteur de la malbouffe pour nous convaincre du contenu de « leur » assiette.

Bizarrement, les 4 initiatives passent la rampe des 600 consultés. Certes, avec des différences, mais toutes, pour l’heure ! En tête celle de l’USP, mais très vite derrière celle d’Uniterre. Bien sûr, avec une Romandie plus favorable que le reste du pays. Et la ligne de démarcation traverse les clivages gauche-droite, avec des candidats de droite qui doivent montrer leur inquiétude sur la destruction exponentielle de la paysannerie.

On verra… Et les sommes colossales qui vont être engagées (prises sur notre nourriture, comme pour les caisses maladies) et la résistance du bon sens populaire face aux affameurs climatiques.

Personne ne parle de ce débat qui s’annonce. Raison de plus pour signer toutes les initiatives qui restent. Les surprises ne sont pas exclues. Il est grand temps de pouvoir choisir la sauce que nous voulons manger.

in L’Hebdo

La tiers-mondisation de la Grèce est programmée

J’ai reçu cette lettre d’analyse. Je ne résiste pas à vous la communiquer. Elle est précise, elle montre l’ampleur du désastre social aux pays du dogmatisme néo-libéral. Elle est longue, mais moins que les souffrances quotidiennes du peuple grec…

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« Oui, moi aussi je suis fatiguée par ce bombardement incessant de mauvaises nouvelles, en provenance de Syrie, d’Ukraine, de la NSA, de Suisse. Alors, encore la Grèce par-dessus tout ça ? On n’en parle plus beaucoup…

De divers côtés, j’entends dire que ça irait « un peu mieux », ce qui découle des rares informations des médias. En réalité, ça ne va pas bien du tout, et le silence, ou la désinformation, sont une injustice face à la Grèce, mais nous privent aussi nous-mêmes de points de repères objectifs. Mon message est peut-être un peu long, mais ne vous en prenez pas à moi, mais au gouvernement grec et à la Troïka !

« Ça va un peu mieux »: ceci correspond à l’affirmation du gouvernement grec qui a semble-t-il obtenu un petit excédent de recettes. Mais comment y est-il parvenu? Tout simplement en privant les citoyens de prestations pour lesquelles ils ont payé toute leur vie, et paient encore par des impôts toujours plus élevés. Et il ne faut pas croire le cliché qui veut que « les Grecs n’ont jamais payé d’impôts » : les salariés du secteur publique, et les rentiers AVS paient la plus importante partie de leurs impôts « à la source », ils leur sont prélevés de leur salaire ou de leur rentes, comme pour nous les cotisations AVS et LPP.

Le domaine dans lequel cette situation est la plus criante est celui de la santé.

En Grèce le système de santé correspond un peu au système français de la Sécu, la caisse-maladie de base est l’affaire de l’Etat, et le droit aux prestations, payées par les impôts, est ancré dans la constitution. Les policliniques publiques dispensent des soins gratuits, ou plutôt en dispensaient jusqu’à tout récemment. Actuellement, environ 3,5 millions de Grecs n’ont plus droit à aucune prestation de santé (sur 11 millions d’habitants, et sans compter les immigrés clandestins) ! Et pourquoi ? Parce qu’ils sont au chômage depuis plus d’une année ou parce que, petits indépendants , ils ne peuvent plus payer leurs cotisations; à ce moment, les membres de leur famille perdent eux aussi leur droit aux prestations de santé. Toutes ces personnes ne peuvent plus compter que sur les diverses organisations de bénévoles, dont p.ex. les Médecins du Monde, des professionnels bénévoles qui réussissent à maintenir des policliniques gratuites, mais sont de plus en plus débordés , malgré l’aide de l’église qui dispense aussi des médicaments gratuits. Mais ces organismes ne peuvent bien sûr pas dispenser des soins intensifs et d’urgence, des opérations, des dialyses rénales, des traitements de radiothérapie pour des cancéreux, ni des investigations radiologiques poussées. Ils font alors de grands efforts pour obtenir l’hospitalisation de leurs patients- qui théoriquement devraient payer leur traitement hospitalier de leur poche, mais bien sûr ne sont pas en mesure de le faire: le coût leur est alors compté comme arriérés d’impôts. On verra plus tard quelles en sont les conséquences.

Mais les Grecs qui sont toujours affiliés à la caisse-maladie ne sont pas pour autant bien soignés. Le gouvernement procède à ce qu’on est obligé d’appeler un démantèlement accéléré du système de santé publique, ceci dans la précipitation, sans concertation aucune avec les responsables médicaux de ce système. A Athènes et Thessalonique, plusieurs hôpitaux ont été fermés en quelques jours, dont des services spécialisés (dialyses rénales, radiothérapie p.ex.). Ceci a occasionné un engorgement des hôpitaux restants, et un fonctionnement chaotique, en permanence à la limite des possibilités humaines: des médecins doivent travailler jusqu’à 80, voire 90h par semaine, et le personnel soignant de même. Les lits s’entassent dans les couloirs, encombrés aussi par les familles, qui doivent être présentes pour donner l’aide de base aux malades (toilettes, repas). Dans tout le pays il existe un grand manque de médecins et de soignants: ceux qui sont partis en retraite ou se sont expatriés, n’ont pas été remplacés, d’autres ont été licenciés, et le ministre de la santé annonce d’autres licenciements. Il existe aussi un manque criant de médicaments et d’équipement. Et le budget des hôpitaux déjà diminué en 2013, l’est encore d’un tiers environ en 2014 ! Les responsables médicaux et politiques de toutes les régions lancent des cris d’alarme au gouvernement, en vain jusqu’à présent.

Voici quelques exemples. L’hôpital publique de Sparte, chef-lieu d’une région de 100 000 habitants, devra très probablement fermer le service de médecine interne, ainsi que la policlinique, parce qu’il n’y aura plus de médecin; pour l’instant il y a encore 2 chirurgiens, 2 pédiatres et 1 radiologue. Volos, une ville de 144 000 habitants, au centre de la Thessalie (752 000 habitants), n’a pour ainsi dire plus de service pédiatrique publique: des 18 pédiatres actifs par le passé, il en reste … 2, pour l’hôpital et la policlinique. Le Maire de l’île de Tinos a porté plainte contre le ministre de la santé, qui n’engage pas de nouveaux médecins: l’île ne compte plus qu’un médecin qui exerce un stage pratique après la fin de ses études, alors que l’île compte 10 000 habitants et accueille 1 million de touristes et pèlerins par an.

Donc hors des grandes villes, les patients doivent souvent être transportés sur de longues distances, attendre trop longtemps des traitements qui seraient urgents. Le frère d’un ami, souffrant d’un infarctus, a été véhiculé ici et là, mais les services de garde avaient été fermés. Il a été transporté sur 120 km dans une ambulance sans personnel soignant et sans équipement, alors que le traitement devrait commencer pendant le transport déjà, et sans climatisation (en été), pour finalement mourir à son arrivée à l’hôpital. Et pourtant il ne vivait pas dans une petite île isolée, ou dans un lointain village de montagne, mais au centre du Péloponnèse.

Aux médecins du service de santé publique on a imposé un plafond tellement bas quant au nombre de consultations et d’ordonnances qu’ils ont le droit d’effectuer chaque mois, que ce plafond est souvent atteint déjà au milieu du mois. Les patients doivent alors se lancer dans une course folle pour essayer de trouver un médecin qui n’a pas déjà épuisé son quota !

Aux dernières nouvelles, le Ministre de la santé ordonne, d’un jour à l’autre, la fermeture des Policliniques publiques de toute la Grèce, sans que des solutions de rechange soient encore organisées. Le Ministre promet des policliniques beaucoup plus rares et plus petites pour dans un mois, mais personne ne peut croire que ce délai sera respecté. Les médecins et les soignants refusent cette fermeture et font appel à la justice. Les médecins ont à de nombreuses reprises cherché à discuter avec le Ministre, en vain. Celui-ci a une attitude incroyable dans un état démocratique: la plupart du temps il hurle, insulte ses interlocuteurs – devant les caméras de la TV; il exprime sans pudeur ni langue de bois son crédo: « L’Etat ne peut pas se préoccuper de la santé de tous les citoyens! », alors que ceux-ci paient justement pour leur système de santé ! Imaginez qu’ici les caisses-maladie déclarent tout à coup « qu’elles ne peuvent, ma foi, pas s’occuper de la santé de tous les assurés ! »

On ne s’étonnera donc pas que l’espérance de vie ait chuté de 3 ans depuis 2009 !

Dans la revue médicale « Lancet » , l’une des plus reconnues au niveau international, est paru un article émanant de spécialistes des Universités d’Oxford et de Cambridge. Les auteurs constatent les faits suivants:

– la Grèce a le budget de santé le plus faible de la zone euro
– les malades sont dans une impossibilité croissante d’avoir accès aux soins et aux médicaments nécessaires
– on observe une grande augmentation des cas de maladies infectieuses
– et une augmentation de la mortalité des nourrissons de 43%
– la péjoration de la santé psychique est générale, le nombre des dépressions a été multiplié par 2,5 et les suicides ont augmenté de 45%, lors que le financement des soins dans ce domaine a été réduit de 55% déjà en 2012
– le paludisme est réapparu après 40 ans, parce que le gouvernement a stoppé l’éradication des moustiques vecteurs de cette maladie dans certaines régions marécageuses.
– les amputations du budget de la santé en Grèce sont les plus importantes en Europe à l’époque contemporaine.

Encore dans ce domaine : les enfants des gens qui ne sont plus affiliés à la caisse-maladie n’ont plus droit aux vaccins de base gratuits, et les parents ne peuvent pas les payer. Ce sont les « Médecins du Monde Grèce » qui remplissent maintenant cette tâche de santé publique, tout en soulignant qu’ils suppléent à un devoir qui incombe à l’Etat, comme ils le faisaient autrefois dans le tiers-monde.

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Le gouvernement applique une politique clairement néo-libérale,

A un rythme accéléré, et ne s’en cache pas. Le vice-premier Ministre Venizelos a déclaré dans un discours télévisé: « Nos créanciers sont néo-libéraux et nous imposent leur programme néo-libéral ». Le premier ministre ne cache pas sa détestation du service public et favorise en toutes circonstances les très grandes entreprises, grecques ou étrangères. Le Ministre de la santé, dont il a été question plus haut, crie à la TV:  » Je représente le secteur privé ! ». En effet , le système de santé doit être en grande partie privatisé. De même dans l’éducation, les élèves du degré secondaire devront à peu près obligatoirement prendre des cours d’appui dans des écoles privées; la formation professionnelle passe en bonne partie au secteur privé. On se demande qui seront les  » clients  » de toutes ces entreprises privées, étant donné l’appauvrissement de la classe moyenne. L’OCDE constate que les salaires grecs sont revenus ces toutes dernières années à leur niveau de 1998 et que, le coût de la vie ayant augmenté de 70%, les Grecs ont donc perdu 70% de leur pouvoir d’achat.

Beaucoup de Grecs de la classe moyenne sont propriétaires de leur logement, en général modeste. Avant la crise ils ont été fortement « motivés » par les banques (plusieurs amis grecs m’ont dit avoir été harcelés à domicile par des appels téléphoniques de banques leur proposant des prêts). Mais tout a changé. Maintenant, comment les 1,5 mio de chômeurs qui touchent une très petite allocation pendant un an, puis plus rien, peuvent-ils payer des intérêts hypothécaires, en plus d’impôts fonciers fortement augmentés ? Et ceux, nombreux, qui travaillent, mais ne sont plus payés depuis des mois ? Et ceux dont le salaire a diminué au minimum légal -480 €- ou plus bas ? Ils sont menacés de la saisie de leur appartement, la Troïka (FMI, UE, BCE) faisant pression sur le gouvernement grec pour qu’il autorise ces saisies. Et l’Etat veut lui aussi saisir les biens, entre autres immobiliers, des citoyens ayant des arriérés d’impôts. Certains estiment que 60% des propriétaires sont en situation de voir leur appartement saisi. Finalement, un accord a été trouvé avec les banques: les propriétaires d’un logement peu cher, et n’ayant qu’un petit salaire, ne paieront que 30% de leur revenu en intérêts hypothécaires. Mais le fisc est plus dur: Une retraitée a vu son logement saisi pour un arriéré d’impôts de…540€! Dans des cas semblables, des propriétaires ont recouru avec succès auprès des tribunaux. Mais encore faut-il avoir les moyens de le faire. Par ailleurs, tout citoyen qui a un arriéré d’impôts ou de cotisations à la caisse-maladie et de retraite de plus de 5000 € doit être arrêté et passer devant un tribunal. On parle d’une femme de 90 ans atteinte d’Alzheimer qui est ainsi restée incarcérée deux jours. Et d’autres perspectives se précisent: bientôt le fisc pourra prélever des sommes à partir des comptes privés des contribuables, sans que ceux-ci soient avertis au préalable, de manière à ce qu’ils ne puissent pas retirer leurs fonds!

Un grand nombre d’indépendants sont dans l’incapacité de payer leurs contributions à la caisse de retraite et à la caisse-maladie, et sont donc en situation de subir une saisie express. Un phénomène sans doute unique en son genre: les cadres du fisc ont manifesté contre la diminution du nombre de leurs employés, au moment même où de nombreuses modifications du code fiscal viennent s’ajouter en permanence; ils ont indiqué qu’il serait donc impossible de contrôler toutes les déclarations d’impôts, ceci alors que l’Etat a déclaré vouloir augmenter ses rentrées fiscales. Les experts-comptables eux aussi ont manifesté contre cette prolifération de nouveaux articles du code fiscal, rédigés…en anglais (!), et parfois traduits en grec , mais avec des erreurs. Ils protestaient aussi contre la pénalisation insensée des contribuables : p.ex. une dette oubliée de 8 € peut se transformer après un an en une pénalité de plusieurs milliers d’€ !

Un expert indépendant de l’ONU, au terme d’une mission d’observation des conséquences des mesures d’austérité en Grèce, constate lui aussi que le service de santé publique est inaccessible à un nombre toujours plus important de citoyens. Il souligne que la Grèce est le seul pays de la zone euro qui ne possède pas de mécanisme d’assistance sociale servant de filet de sécurité en dernière instance- telle que l’aide sociale ici, c’est pourquoi p.ex. les chômeurs après un an au plus n’ont plus droit à rien. Il souligne encore que les conditions imposées par les bailleurs de fonds internationaux « risquent d’empêcher de garantir un niveau de vie conforme aux normes des droits de l’homme » pour un nombre considérable de Grecs.

Encore un dernier sujet, les privatisations, imposées par la Troïka. Tous les biens publiques doivent être privatisés: l’eau, l’électricité, les télécommunications, les transports, les ports, les aéroports, les ressources naturelles, les entreprises d’Etat. Ces biens sont vendus pour des prix très bas, et les gains qui en résultent ne vont pas au peuple grec, mais directement dans une caisse qui sert exclusivement au paiement des intérêts de la dette, ou de dettes arrivées à échéance. Comme ces ventes rapportent relativement peu, elles ne changent pratiquement rien à l’importance de la dette, qui reste non viable. Les grands bénéficiaires sont les acheteurs, grecs ou étrangers.

Encore brièvement, un nouveau chapitre s’ouvre. La police enquête auprès de la direction des écoles pour savoir quels élèves ont soutenu leurs enseignants qui protestaient contre les licenciements de masse dans l’enseignement – ceci à l’intérieur des écoles. Des élèves du secondaire ont été menacés: s’ils étaient ainsi « fichés », ils n’auraient pas le droit de se présenter aux examens d’entrée de l’université ou d’écoles professionnelles !

La télévision ERT (ancienne TV publique), indépendante et bénévole, continue, huit mois après la fermeture de la TV publique, de diffuser des informations. C’est en partie grâce à ces combattants acharnés de l’information que je peux vous donner des nouvelles. Enfin, des blogs et des journaux on-line sont aussi précieux.

Avec mes amicaux messages. Anne-Marie Bergdol. »

Manger bon, ne coûte pas cher

Monsieur carotte

La récente annonce de la création d’un label volontaire pour les restaurants qui ont un cuisinier aux fourneaux, semble avoir créé pas mal d’émoi contradictoire dans les chaumières comme dans les bistrots.

La sempiternelle question du prix revient à la surface. Comme s’il était normal d’acheter ou d’ingurgiter des produits de très basses qualités… Comme s’il était logique, pour remédier à nos problèmes de budget, de mettre dans notre assiette et celle de notre famille, des aliments nocifs et mauvais.

Non, mangez bon ne coûte pas cher ! Encore faut-il se donner le « luxe » de prendre le temps. C’est aussi simple que cela. Cela vaut bien 2-3 heures devant une morne télévision ou des heures de surf sur un portable insipide.

Alors pour la bonne bouche, voici 10 gestes de base pour manger hors des circuits mornes de l’industrie agro-alimentaire.

1. Fêtez les saisons ! Non, il n’y a pas d’asperges ou de fraises toute l’année dans nos contrées. Chaque trimestre, le programme change pour le plus grand plaisir des papilles.

2. Mangez local et varié ! A quoi, cela sert d’avoir dans son assiette des produits de l’autre bout de la planète, alors qu’ils existent au coin du pays. En plus, vous soutenez une production locale, une agriculture paysanne de proximité qui est en train de disparaître à vue d’œil.

3. Mangez quelque chose que vous cultivez. Mais oui, même sur son balcon, on peut faire pousser des tomates, du persil, quelques tiges d’oignons. De la semence à la mini-production, c’est un geste qui relie à la communauté nourricière.

4. Cessez de faire de votre frigo, la succursale de l’industrie agro-alimentaire. Achetez au jour le jour avec une liste de commission.

5. Mangez des produits non transformés. L’industrie a réussi à ce que 80% des aliments sur notre table soient transformés avec des additifs, des colorants, des irradiations. La salade, on prend le temps de la couper. Une purée de pommes se fait maison.

6. Court-circuitez à tout va. La rencontre avec un producteur, change la vie. Vous mettez un visage sur une nourriture, vous reprenez confiance. Marchés paysans, paniers de l’agriculture contractuelle, artisans de quartier. Revenez à un canal historique.

7. Cuisinez en permanence vous-même et avec vos enfants. Prenez le temps de vivre autour de la table, de déguster, de partager vos goûts.

8. Choisissez avec soin vos aliments animaux ou poissons. Demandez-vous d’où ils viennent, comment ils sont nourris. A l’herbe ? En liberté ? 2 fois dans la semaine, c’est largement suffisant.

9. Jouez avec les restes et faites des conserves pour l’hiver ! Le gaspillage alimentaire atteint des records en Suisse : près de 40%. Les repas les plus goûteux se font avec les restes.

10. Retrouvez les cuissons longues, les plats mijotés. L’obsession du filet perce le portemonnaie.

Au lieu d’acheter le dernier portable, dénichez une bonne casserole et un bon couteau. Vous ferez des économies. C’est manger mauvais, qui coûte cher. Sinon, livrez-vous pieds et poings liés à l’industrie alimentaire… Elle n’attend que cela.

paru dans 24 Heures du 7 octobre 2013

Gamin, ouvre les yeux !

AL SH

« Lappi tue d’Augen uf ! » cette injonction figure sur le bas-relief de la Porte de Souabe, l’ancienne limite nord de Schaffhouse qui donne sur l’Allemagne.

C’est aussi le titre du journal des alternatifs du canton. Le canard cultive son indépendance, il tape dans le tas du bouillon local. En quelques années, il est devenu avec intelligence et ouverture, une presse de critiques et d’opposition, tout en étant profondément immergé dans le terreau local.

AL (Alternative Linke/ La Gauche) Schaffhouse ne manque pas d’étonner. Dans un canton profondément conservateur, AL a désormais un groupe au Grand Conseil (5 sièges sur 60) et un groupe au Conseil de Ville (4 sur 36). D’élections en élections, il grapille des pourcentages. Ouverts, non dogmatiques, bien implantés chez les jeunes, unitaires, bon vivants dans la vie quotidienne, ses militants devraient être plus suivis par Les Gauches de tout le pays…

Le week-end dernier, AL a réussi à faire passer son initiative cantonale pour le maintien des subsides à l’assurance maladie avec 53%. Un succès de plus.

Dans une période plutôt difficile pour les forces de la gauche d’opposition en Suisse, Alternative Linke indique quelques pistes à suivre pour retrouver une assise nationale qui manque face à une lente dérive à droite de toutes les forces politiques (PS et Verts compris).

Grèce: une guerre civile

Joelle Fontaine

Il n’est pas sûr que l’Histoire se répète. Cependant, le livre tout récent de l’historienne Joëlle Fontaine, « De la Résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946 » met le doigt sur des plaies ouvertes et souvent méconnues.

Il y a les atrocités des nazis allemands contre une population, qui a payé un lourd tribu par une destruction invraisemblable du pays. Les Grecs n’auront jamais droit à une quelconque compensation, les allemands refusant de payer leur dette de guerre.

Il y a l’écrasement de la Résistance, conduite par un parti communiste et des forces de gauche, qui a libéré seule le pays du fascisme, sans aide extérieure. Ecrasement qui se fera par les forces britanniques, qui ont ensuite passé le relais aux américains.

Joelle Fontaine explicite avec précision comment les grandes puissances ont constamment maintenu leur tutelle sur l’avenir du pays.

Une impression de « déjà vu » se dégage de ce livre, sauf qu’aujourd’hui la tutelle financière a remplacé la soumission politique. Hier, comme aujourd’hui, les élites tentent d’étouffer le mouvement populaire. Au moment de la visite de Merkel à Athènes, ce pan d’histoire revient à la surface. Enfin.

Inscrire les symboles de « l’Occident chrétien » dans la Constitution ?

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Non à une révision de la Constitution suisse !

Manifeste pour une Suisse reconnaissante de son héritage spirituel et ouverte à la diversité

Une initiative parlementaire examinée par les Chambres fédérales demande d’ajouter l’article suivant à la Constitution fédérale : «Les symboles de l’Occident chrétien sont autorisés dans l’espace public.»[1]

Les membres du «Mouvement suisse du christianisme social» et toutes les personnes soussignées invitent les parlementaires à refuser cette initiative.

Nous constatons que le contexte social et économique actuel accroît le risque de l’instrumentalisation du christianisme, de ses valeurs et de ses symboles à des fins idéologiques ou politiques. Certains groupes, tant religieux que politiques, veulent ainsi préserver une identité qu’ils considèrent en danger ou combattre des peurs liées à la réalité multiculturelle de la société suisse, composée de personnes d’origines, de cultures, de religions et de convictions diverses.

Nous estimons important d’éviter ces réflexes qui figent et caricaturent les valeurs de la Suisse et du christianisme lui-même. Une telle attitude ne peut que causer des méfiances et des divisions préjudiciables à la société, contredisant aussi le message chrétien, ses valeurs et ses symboles.

Le terme « Occident chrétien » s’avère particulièrement ambigu. Faut-il le rappeler, le christianisme ne trouve pas son origine en Occident. Ce terme rappelle tous les abus de pouvoir commis au nom de cet Occident prétendument chrétien (croisades, colonisations, diverses formes d’impérialismes, etc.). Il crée une opposition artificielle entre Occident et Orient. Il gomme la diversité de l’Occident et du christianisme lui-même.

Reconnaissants de notre héritage chrétien dans sa diversité, nous voulons un espace public laïque précisément respectueux des diverses traditions culturelles et religieuses qui constituent aujourd’hui notre pays. Cet espace doit refléter la pluralité des croyances et des non-croyances des personnes qui l’habitent.

Notre héritage chrétien est déjà marqué par la présence d’églises, de signes religieux, y compris sur nos drapeaux, d’œuvres artistiques ou de fêtes appartenant à notre histoire. En aucun cas cela ne nécessite une révision de la Constitution.

Premiers signataires: Diane Barraud, Lausanne, pasteure, Françoise Bourquin-Gallina, Genève, diacre, Maurice Gardiol, Genève, travailleur social et diacre retraité, constituant, Xavier Gravend-Tirole, Lausanne, théologien, assistant-doctorant, Guilhem Lavignotte, Lausanne, enseignant, Georges Nydegger, Genève, retraité, président du groupe des socialistes chrétiens, Jean-Pierre Thévenaz, Yvorne, éthicien, pasteur retraité, Sylvain Thévoz, Genève, théologien, animateur socio-culturel,
Alexandre Winter, Genève, pasteur, Josef Zisyadis, Lausanne, théologien, conseiller national

Pour rassembler tous les futurs signataires de notre Manifeste, nous nous rencontrerons le 13 octobre à Lausanne (20h) au rez du Centre universitaire Catholique, Bd. de Grancy 29 (sous la gare).

[1] Cette initiative a été déposée en décembre 2010 par Madame Ida Glanzmann-Hunkeler du parti démocrate-chrétien et cosignée par 41 autres parlementaires (réf. 10.512). Elle a déjà été adoptée par une majorité de la Commission des institutions politiques (CIP) du Conseil National et devrait être prochainement examinées par celle du Conseil des Etats. Son commentaire précise : «Outre la croix sous différentes formes, on trouve aussi bien le calvaire, l’agneau, la crèche ou encore la représentation de la Cène.»

La Gauche: la preuve par l’unité

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Ils l’avaient déjà enterrée, La Gauche. Enfin, ce qu’ils appellent l’extrême-gauche dans les média autorisés ou sur les camemberts politiques .

Personne n’avait rien vu ou prévu. Marc Vuilleumier était le maillon faible à Lausanne… A Genève, elle allait prendre une raclée face au MCG… Bref, c’était tout cuit d’avance, y compris pour quelques socialistes ou verts, qui aiment bien prendre leur rêve pour des réalités. Mais voilà, on progresse à Genève, Renens, Lausanne.

Bon, on va pas fanfaronner. On revient de loin. Divisions par-ci, sectarisme par là. On a sacrément labouré le terrain de notre propre déconfiture.

Il reste que ça résiste. Qu’on s’appelle La Gauche, Ensemble à Gauche, Fourmi rouge, POP-solidaritéS, Solidarité & Ecologie, les dénominations sont secondaires à l’essentiel: malgré le peu de mobilisation populaire et de mouvement social, la gauche anti-capitaliste qui veut changer la société, est une composante qui ne se laisse pas marginaliser dans la vie citoyenne.

Et à cela, il n’y a qu’une seule raison: l’unité et le partage commun du combat politique. Les hommes et les femmes qui en bavent quotidiennement, ont besoin d’espoir. Ils ont besoin d’une force qui les accompagne et sache dépasser les misérables divergences sur des points secondaires. Ils ont besoin d’un front commun ouvert et combatif.

Lorsque le Parti suisse du Travail, les sections popistes ou de solidaritéS auront pris le tournant nécessaire de l’unité dans une même formation politique. Nous pourrions bien faire des merveilles de résistance populaire.

Et pourquoi cela ne serait pas possible ? C’est impossible d’avoir des tendances différentes au sein d’un même parti ? Cela empêche d’avoir son propre journal ou périodique de courant politique ? Cela empêche le libre débat et les discussions passionnées ? A moins que cela soit ennuyeux de ne plus faire les séances à double ou à triple…

Ce parti pris de l’unité, avec tout le respect mutuel, l’amitié dans le combat, c’est la seule chose qui nous ouvrira des perspectives politiques. Cette construction patiente de la Gauche / Alternative Linke / La Sinistra est en train de faire germer l’espoir.

Dans quelques jours, nous verrons les résultats de nos camarades d’Alternative Linke dans le canton de Zürich. Nous regarderons de près les cantonales du Tessin avec une alliance inédite MPS-PC. Et le 1er mai, si tout va bien, nous lancerons notre première initiative fédérale depuis fort longtemps…

Ne piétinons pas ces jeunes pousses. Il y a assez de monde (de toute sorte) qui se chargent de les écraser.

Socialisme calimero

calimero

Le tango ministériel helvétique n’a en soi rien d’exceptionnel. Il est courant dans tous les pays.

L’exceptionnel tient essentiellement, et c’est un élément de nouveauté, à la volonté d’une fraction politique (Libéraux-radicaux + PDC + PBD), représentant au plus 30% de l’électorat votant, d’imposer ses vues sans aucune gêne particulière, avec le soutien explicite du vrai pouvoir, de l’économie.

Là encore rien d’exceptionnel. Surtout à une année des élections générales. En Suisse, on aimait prendre jusqu’ici quelques pincettes pour faire avaler la potion aux socialistes utiles.

Le parti socialiste nous apprend qu’il avait négocié avant, avec les partis bourgeois pour ne pas recevoir de départements croupions. Et voilà qu’ils n’ont pas joué le jeu de la concordance souhaitée. C’est fou comme les bourgeois sont inconvenants !

En 1953, le PS avait au moins su quitter le Conseil fédéral pour se faire respecter. Mais lorsqu’on n’a d’autre stratégie politique que l’occupation des fauteuils laissés vacants par la droite, on doit s’attendre à subir encore d’autres humiliations.

Etre sevré en permanence à la collégialité ne fait malheureusement pas un programme politique. Derrière la soumission du PS, il y a bien plus grave, ce sont les intérêts populaires immédiats qui sont en jeu.

Et lorsque nous verrons ce Conseil fédéral de droite défendre sa politique de sécurité, de l’asile, de l’immigration, de la retraite des femmes à 65 ans, de la construction de centrales nucléaires et j’en passe… avec des socialistes dedans ! Le spectacle sera accompli.

Pendant ce temps l’UDC peut jouer le rôle de l’opposition, de la défense de la veuve et de l’orphelin des villes et des champs, avec l’argent du milliardaire. Le tapis est déroulé.

Longue vie au socialisme calimero !

Un gouvernement féminin pour augmenter l’âge de retraite des femmes ?

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Les partis bourgeois suisses peuvent se frotter les mains. La crise du pouvoir n’est pas pour demain dans notre pays. Il faut dire qu’avec une gauche social-libérale aussi prompte à collaborer et … une gauche de résistance aussi faible, l’avenir radieux est devant nous !

Les femmes ont attendu longtemps d’être majoritaire au Conseil fédéral. C’est une belle victoire légitime pour cette majorité de la population. Victoire d’étape bien sûr lorsqu’on pense à la composition du Parlement, de l’égalité réelle des salaires, du partage des tâches… Mais enfin, on vient de loin: ce n’est tout de même que depuis 1971 que les femmes ont le droit de vote et d’éligibilité. Bien après plusieurs pays qui voilent les femmes…

Mais là où les partis bourgeois font fort, c’est que maintenant avec un Gouvernement fédéral à majorité femmes, c’est lui qui va se battre pour imposer l’augmentation de la retraite des femmes à 65 ans. Ce n’est pas une belle victoire symbolique dans les têtes ?

A moins que 50.000 femmes et quelques hommes ne se précipitent en manifestation monstrueuse dans les rues de Berne pour exiger que ce Gouvernement de femmes retire ce projet scandaleusement anti-social.

Mais je dois rêver. Et c’est cela que les partis bourgeois veulent: casser le rêve de justice sociale avec en plus des femmes au pouvoir.

C’est cela la victoire cachée du Parlement de hier..