Ce canton de Vaud invisible…

15 ans ont passé depuis le début de la crise financière. Presque une génération qui n’a connu que les mots « serrage de ceinture », économies, restructurations. Le pays de Vaud est en passe de retrouver les chiffres noirs de la comptabilité budgétaire et il est à  parier pour ces prochaines élections que chacun ira de son couplet : « C’est grâce à  moi, oui aussi à  moi ! » Mais au-delà  de cela, qui se préoccupe des chiffres rouges du budget des ménages ?

S’il y a des chiffres noirs pour les comptes de l’Etat, c’est que par ricochet les milieux populaires des villes et de la campagne ont payé durement pour ce rééquilibrage, par des taxes, des impôts, par des baisses de revenu, du chômage, des hausses d’assurance-maladie. La droite encore majoritaire, qui fait semblant de gouverner, est toute fière de s’auto-décerner une médaille de gestion. Elle ferait mieux de la décerner à  toutes celles et tous ceux qui ont payé durement par des sacrifices, des faillites, des poursuites, cette course folle à  un canton « sain et équilibré » ! Car, tout cela pue la dissimulation. Le canton de Vaud invisible s’étend : il est composé d’exclus, d’expulsés, de déclassés, de mobbés, de dépassés face à  une situation qui demandent à  tous d’être les volontaires de la concurrence économique. Ce canton-là  n’intéresse pas les média et les décideurs économiques, il ne pèse plus rien… et en plus il a une forte tendance à  ne pas voter (quelle chance !).

A quoi cela sert d’être candidat pour la 5ème fois au Gouvernement, si ce n’est pour oser croire que les sans-pouvoirs de notre canton ont bien besoin d’être représentés ?

La diversité du Canton de Vaud invisible, c’est une accumulation d’inégalités. Côte-à -côte : le paysan spolié, le surendetté pris au piège, la personne âgée abandonnée, l’immigré sans papier, le jeune qui sort de l’école pour le chômage, le petit entrepreneur à  la faillite. A cela s’ajoute une nouvelle catégorie : le travailleur pauvre, celui qui a un boulot rémunéré, mais qui ne lui suffit pour payer son loyer, nourrir sa famille. Ce canton invisible en a ras-le-bol d’être déconsidéré, il a un urgent besoin de souffler. Il a un urgent besoin d’humanité. Lors de mes permanences de député (1), je vois sans cesse arriver des hommes et des femmes fatigués, qui n’en peuvent plus de la vie et du peu de cadeaux qu’elle leur offre.

Voir le canton de Vaud invisible, ce n’est pas seulement voir les pauvres, mais le système qui les fabrique. Ce système économique dominant donne des droits aux spéculateurs immobiliers, aux boursicoteurs de la finance, aux managers mondialisés.

Notre devoir à  nous la gauche, c’est de repenser le monde. Les riches détruisent cette planète socialement et écologiquement. Notre devoir est d’établir des droits : droit au logement, droit à  l’emploi, droit à  un salaire minimum, droit à  la souveraineté alimentaire, droit à  des services publics gratuits. Ce sont là  des priorités économiques différentes, un autre partage des richesses.

Si vous sentez cette urgence d’un autre monde, fait de respect et d’humanité, vous ne bouderez pas les moments d’espoir qui nous attendent le 11 mars et après. Le canton de Vaud invisible peut et doit occuper enfin le devant de la scène.


Josef Zisyadis, paru dans 24 Heures du 23 janvier 2007

(1) permanence hebdomadaire du député Josef Zisyadis, tous les vendredis de 18 à 19H librement autour de la table ronde, Pizzeria le Boccalino, av. d’Ouchy 76, Lausanne