Manger bon, ne coûte pas cher

Monsieur carotte

La récente annonce de la création d’un label volontaire pour les restaurants qui ont un cuisinier aux fourneaux, semble avoir créé pas mal d’émoi contradictoire dans les chaumières comme dans les bistrots.

La sempiternelle question du prix revient à la surface. Comme s’il était normal d’acheter ou d’ingurgiter des produits de très basses qualités… Comme s’il était logique, pour remédier à nos problèmes de budget, de mettre dans notre assiette et celle de notre famille, des aliments nocifs et mauvais.

Non, mangez bon ne coûte pas cher ! Encore faut-il se donner le « luxe » de prendre le temps. C’est aussi simple que cela. Cela vaut bien 2-3 heures devant une morne télévision ou des heures de surf sur un portable insipide.

Alors pour la bonne bouche, voici 10 gestes de base pour manger hors des circuits mornes de l’industrie agro-alimentaire.

1. Fêtez les saisons ! Non, il n’y a pas d’asperges ou de fraises toute l’année dans nos contrées. Chaque trimestre, le programme change pour le plus grand plaisir des papilles.

2. Mangez local et varié ! A quoi, cela sert d’avoir dans son assiette des produits de l’autre bout de la planète, alors qu’ils existent au coin du pays. En plus, vous soutenez une production locale, une agriculture paysanne de proximité qui est en train de disparaître à vue d’œil.

3. Mangez quelque chose que vous cultivez. Mais oui, même sur son balcon, on peut faire pousser des tomates, du persil, quelques tiges d’oignons. De la semence à la mini-production, c’est un geste qui relie à la communauté nourricière.

4. Cessez de faire de votre frigo, la succursale de l’industrie agro-alimentaire. Achetez au jour le jour avec une liste de commission.

5. Mangez des produits non transformés. L’industrie a réussi à ce que 80% des aliments sur notre table soient transformés avec des additifs, des colorants, des irradiations. La salade, on prend le temps de la couper. Une purée de pommes se fait maison.

6. Court-circuitez à tout va. La rencontre avec un producteur, change la vie. Vous mettez un visage sur une nourriture, vous reprenez confiance. Marchés paysans, paniers de l’agriculture contractuelle, artisans de quartier. Revenez à un canal historique.

7. Cuisinez en permanence vous-même et avec vos enfants. Prenez le temps de vivre autour de la table, de déguster, de partager vos goûts.

8. Choisissez avec soin vos aliments animaux ou poissons. Demandez-vous d’où ils viennent, comment ils sont nourris. A l’herbe ? En liberté ? 2 fois dans la semaine, c’est largement suffisant.

9. Jouez avec les restes et faites des conserves pour l’hiver ! Le gaspillage alimentaire atteint des records en Suisse : près de 40%. Les repas les plus goûteux se font avec les restes.

10. Retrouvez les cuissons longues, les plats mijotés. L’obsession du filet perce le portemonnaie.

Au lieu d’acheter le dernier portable, dénichez une bonne casserole et un bon couteau. Vous ferez des économies. C’est manger mauvais, qui coûte cher. Sinon, livrez-vous pieds et poings liés à l’industrie alimentaire… Elle n’attend que cela.

paru dans 24 Heures du 7 octobre 2013

Je voulais partir sur la pointe des pieds…

carte coul

Un peu comme on ferme une porte sans faire de bruit. Mais d’autres, au sein du POP vraisemblablement, en ont décidé autrement.

En 2007, j’ai quitté le parti suisse du travail (PST-POP) et j’ai demandé que mon appartenance politique au Parlement soit clairement indiquée « La Gauche / Alternative Linke / La Sinistra » pendant la législature 2007-2011. Car j’ai participé dès le début à la création de ce mouvement national, destiné à recueillir toutes les formations à la gauche des socialistes et des verts. Et je tenais à marquer que ma présence à Berne était liée à ce projet unitaire. Peu ont remarqué cette évolution.

Le 16 avril dernier j’ai adressé ma démission à la section de Lausanne du POP & Gauche en mouvement. J’imagine que les lenteurs bureaucratiques et le printemps pluvieux ont un peu assoupi la prise en compte interne de ce départ.

Je ne le cache pas: je ne reconnais plus le parti auquel j’ai adhéré à 16 ans. J’ai de la peine à supporter ce lent déclin d’un mouvement que j’ai tenté d’animer pendant 25 ans. La politique du hérisson ne correspond pas à mon tempérament de lutteur et d’activiste.

J’aime nager dans les eaux de la gauche populaire et conviviale. C’est mon terreau ici et ailleurs. D’ailleurs, comment cesser le combat volontariste pour transformer ce monde où l’argent est devenu un défoliant planétaire ?

Je continuerais donc à soutenir le projet unitaire de « La Gauche », convaincu qu’il n’y pas d’autres espoirs que d’unifier sans sectarisme toutes les composantes de la gauche alternative. Au plaisir de nous rencontrer dans les luttes.

Pas de souveraineté alimentaire sans OGM !

fraisons

Il y a parfois des retournements passionnants. Celle du Centre patronal vaudois sur les OGM est un délice gustatif, à défaut d’être intellectuel.

Voilà donc l’organisation patronale qui prend fait et cause pour la souveraineté alimentaire. Ce qui est nouveau. Mais cela se fait, c’est paraît-il politiquement correct désormais…

Mais voilà, la définition de la souveraineté alimentaire patronale vaudoise n’a rien avoir avec celle de Via Campesina, l’organisation syndicale qui représente près de 200 millions de paysannes et de paysans dans le monde.

En l’occurrence, il s’agit plutôt du concept fumeux d’autarcie agricole ou viticole (selon les heures…).

Maintenant que la souveraineté alimentaire est entrée dans la politique agricole 2014-2017, on va l’utiliser pour nous faire bientôt bouffer les OGM dans notre assiette.

Evidemment, il fallait y penser. Et c’est logique non ? Si la Suisse ne produit que 50% de ce qu’elle mange, il faudra bien nous adapter à d’autres techniques plus modernes d’engraissement humain. Alors, pourquoi fermer la porte aux OGM ? Ce serait suicidaire non ? Imparable.

La coexistence entre cultures OGM et non-OGM a été au centre de la consultation qui vient de se terminer par la Confédération. Pour l’instant, le moratoire va tenir jusqu’à fin 2017. En 2018, nous allons savoir à quelle sauce le lobby agro-industriel va nous dévorer.

D’ici là, le débat est engagé, mais les opposants aux cultures OGM ont du souci à se faire. Si les souverainistes alimentaires commencent à se travestir pour faire pousser leurs rhubarbes transgéniques, le choc des cultures va être rude.

publié sur hebdo.ch

On mérite les lasagnes au canasson !

Vache qui rit
Laissons de côté pour l’heure ceux qui ne voient pas le problème: veau, cheval, boeuf, cochon, c’est tout de la viande non ?

Laissons aussi sur le bas-côté les soudains tiers-mondistes, qui se la jouent misérabilistes: ça sentirait le richeton de se préoccuper de choix de viande.

Reprenons donc.

Tout ce qui arrive en terme de manipulation alimentaire, ingurgitée en intraveineuse ou par voie buccale n’est que la conséquence logique de la marchandisation industrielle de la nourriture. Il ne sert à rien de se lamenter. Il y a en premier les responsables de ce système agro-alimentaire, mais il y a aussi les co-responsables, les collabos que nous sommes tous devenus avec les années de cette bouffe insipide.

Nous avons appris à l’avaler sans questions, par insouciance, par manque de temps (!) ou refus de résistance.

Les scandales alimentaires qui se multiplient, exigent l’absolue priorité à la production et à la consommation alimentaire locale. Nous allons droit au mur avec cette exploitation économique qui pourrit la nourriture et dégrade l’environnement.

Au lieu de prendre plaisir à manger, la nourriture va finir par nous dévorer.

Cette logique est mortelle. Non seulement parce qu’elle provoque obésité et malnutrition sur la planète. Mais parce qu’elle détruit la petite paysannerie, qui est notre communauté nourricière.

Refusons l’opposition entre petits producteurs et consommateurs que nous distille la grande chaîne des multinationales de l’agro-alimentaire. Nos intérêts sont communs entre des producteurs qui veulent être payés au juste prix et les mangeurs qui luttent pour une nourriture qui nourrit vraiment, sans fraude, le corps et la tête.

Nous sommes confrontés à un développement monstrueux en très peu de temps, qui détruit les systèmes alimentaires locaux millénaires.

Notre résistance doit consister à constituer des chaînes courtes, des chaînes de proximité. Chaque projet d’agriculture contractuelle est un pôle de résistance. Ce qui compte, c’est que les gens nouent des liens, non pour parler seulement de vente et d’achat de produits, mais pour un projet de société commune fondée sur le respect mutuel et la préservation de la biodiversité locale.

Alors, mettons en pratique quotidiennement la souveraineté alimentaire par des actes. Au coin de la rue, il y a le mouvement associatif Slow Food,qui se développe actuellement en Suisse romande, il y a aussi les dizaines de projets d’agriculture contractuelle de proximité regroupés au sein de la FRACP, sans oublier les mouvements comme Kokoppeli pour la libération de la semence ou la Semaine suisse du Goût qui a lieu en septembre dans tout le pays.

Exigeons aussi que les pouvoirs publics, les services publics s’approvisionnent dans le cadre de l’agriculture de proximité. C’est aussi pour cela qu’il faut lutter pour que tout le réseau scolaire de la crèche aux centres de formation s’alimente à travers le réseau de l’agriculture contractuelle. C’est pour cela que nous devons promouvoir l’éducation au goût et au plaisir du goût dans toute la vie en société.

Bref, nous devons arracher au cercle de la marchandise, le bien commun que constitue la nourriture.

Sinon, nous mériterons les lasagnes au canasson !

publié sur hebdo.ch

Semences occupy

carottes

La Cour de Justice de l’Union Européenne a pour l’heure désavoué l’association Kokopelli. De quoi s’agit-il ?

D’un côté Kokopelli, l’association française qui se bat depuis 20 ans pour la libération des semences et de l’autre le loby semencier représenté par l’Européan Seed Association. Pour l’heure, les semences enrobées de pesticides Cruiser ou Gaucho, celles qui nous empoisonnent la vie depuis un demi-siècle, sont reconnues dignes de « productivité agricole accrue ».

Ouste donc, le commerce de semences de variétés anciennes, héritage de décennies de préservation du patrimoine ! Leur mise hors-la-loi semble donc bel et bien programmée sous la pression des multinationales.

Les semences de petits producteurs, des associations de défense de la biodiversité, des jardiniers fous n’ont pas la chance d’être des tournevis ou des marteaux… pour lesquels il n’existe aucun Catalogue officiel.

Et la situation s’aggrave sur l’ensemble de la planète. Le Mexique, berceau historique du maïs a perdu 80% de ses variétés traditionnels. L’inde avait 2000 riz différents, il en reste 50. L’humanité avait 8500 espèces végétales pour son alimentation, ele se résout à consommer maïs et soja chimériques…

Pendant ce temps, l’hydre OGM s’étend, comme par hasard dans les pays du tiers-monde. La course de vitesse avec la résistance paysanne est devenu un enjeu de société.

Car la liberté des semences est un droit de l’homme, un droit écologique, économique et culturel.

Dans tous les pays se créent des cercles de résistants inquiets pour la sécurité alimentaire et nutritive, inquiets de la monoculture qui s’étend. C’est la petite paysannerie et la souveraineté alimentaire qui est en jeu derrière cet énorme brevetage du vivant. Et à terme la mort du goût. Les grandes tables de France qui s’approvisionnent directement auprès des semences libres ne s’y trompent pas…

En une année, la toute jeune association Kokoppeli-Suisse a déjà recueilli l’adhésion de 400 personnes. Un signe.

Comme le dit Vandana Shiva. écologiste indienne, prix nobel alternatif 1993: « Occupons nos semences ! »

publié sur hebdo.ch

Entre la croix, la faucille et le marteau…

Olivier Briand

Je me suis plongé avec délectation dans ce bel ouvrage. Chaque individu devrait avoir le temps de faire cet examen du temps vécu. Olivier Briand l’a pris. Il nous le livre en toute simplicité. Il réussit à nous entraîner dans tous ses espaces qu’il a vécu, les intimes comme les publics.

C’est étrange comme nous sommes replongés dans l’histoire d’un enfant de milieu populaire, pas si éloignée historiquement et pourtant on ressent bien combien le néo-libéralisme a réussi à tout casser en si peu de temps. Casser nos relations humaines, casser notre monde de simplicité auquel nous étions attachés.

Aucune nostalgie dans ces propos, juste le constat que ce camarade de lutte est un homme de foi qui a su rester debout dans ce monde de brute.

La lutte maintient, c’est ce qui fait le plus peur à nos adversaires de classe. Surtout, lorsque nos actes prophétiques du quotidien, sont des actes d’amitié et d’amour.

Olivier est un militant auto-constructeur. Associatif. Volontaire. Communicatif. Loin des appareils et des mots d’ordre, il a mis en route, dans ce coin de pays retenu, des énergies de transformation.

Il en ressort de la fierté, car il en faut… La fierté que nos valeurs préfigurent un autre monde.

Entre la croix, la faucille et le marteau… le plaisir, Olivier Briand, Editions Mon Village, 2012

Gamin, ouvre les yeux !

AL SH

« Lappi tue d’Augen uf ! » cette injonction figure sur le bas-relief de la Porte de Souabe, l’ancienne limite nord de Schaffhouse qui donne sur l’Allemagne.

C’est aussi le titre du journal des alternatifs du canton. Le canard cultive son indépendance, il tape dans le tas du bouillon local. En quelques années, il est devenu avec intelligence et ouverture, une presse de critiques et d’opposition, tout en étant profondément immergé dans le terreau local.

AL (Alternative Linke/ La Gauche) Schaffhouse ne manque pas d’étonner. Dans un canton profondément conservateur, AL a désormais un groupe au Grand Conseil (5 sièges sur 60) et un groupe au Conseil de Ville (4 sur 36). D’élections en élections, il grapille des pourcentages. Ouverts, non dogmatiques, bien implantés chez les jeunes, unitaires, bon vivants dans la vie quotidienne, ses militants devraient être plus suivis par Les Gauches de tout le pays…

Le week-end dernier, AL a réussi à faire passer son initiative cantonale pour le maintien des subsides à l’assurance maladie avec 53%. Un succès de plus.

Dans une période plutôt difficile pour les forces de la gauche d’opposition en Suisse, Alternative Linke indique quelques pistes à suivre pour retrouver une assise nationale qui manque face à une lente dérive à droite de toutes les forces politiques (PS et Verts compris).

Grèce: une guerre civile

Joelle Fontaine

Il n’est pas sûr que l’Histoire se répète. Cependant, le livre tout récent de l’historienne Joëlle Fontaine, « De la Résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946 » met le doigt sur des plaies ouvertes et souvent méconnues.

Il y a les atrocités des nazis allemands contre une population, qui a payé un lourd tribu par une destruction invraisemblable du pays. Les Grecs n’auront jamais droit à une quelconque compensation, les allemands refusant de payer leur dette de guerre.

Il y a l’écrasement de la Résistance, conduite par un parti communiste et des forces de gauche, qui a libéré seule le pays du fascisme, sans aide extérieure. Ecrasement qui se fera par les forces britanniques, qui ont ensuite passé le relais aux américains.

Joelle Fontaine explicite avec précision comment les grandes puissances ont constamment maintenu leur tutelle sur l’avenir du pays.

Une impression de « déjà vu » se dégage de ce livre, sauf qu’aujourd’hui la tutelle financière a remplacé la soumission politique. Hier, comme aujourd’hui, les élites tentent d’étouffer le mouvement populaire. Au moment de la visite de Merkel à Athènes, ce pan d’histoire revient à la surface. Enfin.

Le droit à l’alimentation, c’est pas de la tarte

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Lorsqu’on parler de manger, immédiatement certains nous rabaissent au stade de « consommateurs alimentaires ». C’est réduire l’alimentation à des questions d’achats et de ventes. Ils oublient juste la notion de plaisir.

Nous voulons devenir des co-producteurs actifs de la communauté qui nous nourrit tous les jours. Parce que nous la respectons et nous voulons qu’elle vive. Si nous aimons les produits qui sont « bons, justes et propres », c’est pour se rappeler que « manger est un acte agricole »

Dès cette année, La Semaine suisse du Goût et Slow Food Suisse ont décidé une mise en réseau. C’est le résultat de valeurs communes partagées.

Car l’alimentation, c’est avant tout la joie. Le fait de se retrouver autour d’une table ne sert pas uniquement au partage de la nourriture, mais favorise aussi le dialogue, l’éducation permanente et le plaisir de la vie en société.

Nous voulons rendre à l’alimentation la valeur centrale qu’elle a perdu dans la vie quotidienne. Il dépend de nous que le droit à l’alimentation devienne un droit primordial de l’humanité.

La Semaine du Goût est née de la volonté de faire vivre un patrimoine culinaire. Si nous n’y prenons garde, tous ces petits savoirs qui se transmettaient de génération en génération, vont disparaître avec l’industrialisation de la nourriture.

La Semaine suisse du Goût a rassemblé une belle semaine 2012. Des milliers de personnes se préparent dans tout le pays pour vous offrir des rencontres autour du goût.

Prendre le temps de cette convivialité autour de la table, c’est tout simplement nous recentrer sur de vrais valeurs.

Le silence de l’eau fait peur

Musique sous l'eau

Petit passage à la piscine du quartier l’autre jour pour emmener un enfant à un cours de natation. J’en vois un, j’en vois une et des autres tout plein. Ils mettaient des espèces d’écouteurs sur la tête avec des bonnets. Je me suis dit qu’ils devaient être souffrants pour devoir ainsi mesurer leurs pulsations; mais ils étaient tellement nombreux, que cela devait être contagieux…

Question posée à un brave malade potentiel: « C’est pourquoi faire ces écouteurs ? » « Mais c’est pour la musique ! C’est tellement monotone de nager ! »

Un monde de dingues ! Même cet espace de silence fait désormais peur.