La tiers-mondisation de la Grèce est programmée

J’ai reçu cette lettre d’analyse. Je ne résiste pas à vous la communiquer. Elle est précise, elle montre l’ampleur du désastre social aux pays du dogmatisme néo-libéral. Elle est longue, mais moins que les souffrances quotidiennes du peuple grec…

Grece-Athenes-31mai2012-1-2

« Oui, moi aussi je suis fatiguée par ce bombardement incessant de mauvaises nouvelles, en provenance de Syrie, d’Ukraine, de la NSA, de Suisse. Alors, encore la Grèce par-dessus tout ça ? On n’en parle plus beaucoup…

De divers côtés, j’entends dire que ça irait « un peu mieux », ce qui découle des rares informations des médias. En réalité, ça ne va pas bien du tout, et le silence, ou la désinformation, sont une injustice face à la Grèce, mais nous privent aussi nous-mêmes de points de repères objectifs. Mon message est peut-être un peu long, mais ne vous en prenez pas à moi, mais au gouvernement grec et à la Troïka !

« Ça va un peu mieux »: ceci correspond à l’affirmation du gouvernement grec qui a semble-t-il obtenu un petit excédent de recettes. Mais comment y est-il parvenu? Tout simplement en privant les citoyens de prestations pour lesquelles ils ont payé toute leur vie, et paient encore par des impôts toujours plus élevés. Et il ne faut pas croire le cliché qui veut que « les Grecs n’ont jamais payé d’impôts » : les salariés du secteur publique, et les rentiers AVS paient la plus importante partie de leurs impôts « à la source », ils leur sont prélevés de leur salaire ou de leur rentes, comme pour nous les cotisations AVS et LPP.

Le domaine dans lequel cette situation est la plus criante est celui de la santé.

En Grèce le système de santé correspond un peu au système français de la Sécu, la caisse-maladie de base est l’affaire de l’Etat, et le droit aux prestations, payées par les impôts, est ancré dans la constitution. Les policliniques publiques dispensent des soins gratuits, ou plutôt en dispensaient jusqu’à tout récemment. Actuellement, environ 3,5 millions de Grecs n’ont plus droit à aucune prestation de santé (sur 11 millions d’habitants, et sans compter les immigrés clandestins) ! Et pourquoi ? Parce qu’ils sont au chômage depuis plus d’une année ou parce que, petits indépendants , ils ne peuvent plus payer leurs cotisations; à ce moment, les membres de leur famille perdent eux aussi leur droit aux prestations de santé. Toutes ces personnes ne peuvent plus compter que sur les diverses organisations de bénévoles, dont p.ex. les Médecins du Monde, des professionnels bénévoles qui réussissent à maintenir des policliniques gratuites, mais sont de plus en plus débordés , malgré l’aide de l’église qui dispense aussi des médicaments gratuits. Mais ces organismes ne peuvent bien sûr pas dispenser des soins intensifs et d’urgence, des opérations, des dialyses rénales, des traitements de radiothérapie pour des cancéreux, ni des investigations radiologiques poussées. Ils font alors de grands efforts pour obtenir l’hospitalisation de leurs patients- qui théoriquement devraient payer leur traitement hospitalier de leur poche, mais bien sûr ne sont pas en mesure de le faire: le coût leur est alors compté comme arriérés d’impôts. On verra plus tard quelles en sont les conséquences.

Mais les Grecs qui sont toujours affiliés à la caisse-maladie ne sont pas pour autant bien soignés. Le gouvernement procède à ce qu’on est obligé d’appeler un démantèlement accéléré du système de santé publique, ceci dans la précipitation, sans concertation aucune avec les responsables médicaux de ce système. A Athènes et Thessalonique, plusieurs hôpitaux ont été fermés en quelques jours, dont des services spécialisés (dialyses rénales, radiothérapie p.ex.). Ceci a occasionné un engorgement des hôpitaux restants, et un fonctionnement chaotique, en permanence à la limite des possibilités humaines: des médecins doivent travailler jusqu’à 80, voire 90h par semaine, et le personnel soignant de même. Les lits s’entassent dans les couloirs, encombrés aussi par les familles, qui doivent être présentes pour donner l’aide de base aux malades (toilettes, repas). Dans tout le pays il existe un grand manque de médecins et de soignants: ceux qui sont partis en retraite ou se sont expatriés, n’ont pas été remplacés, d’autres ont été licenciés, et le ministre de la santé annonce d’autres licenciements. Il existe aussi un manque criant de médicaments et d’équipement. Et le budget des hôpitaux déjà diminué en 2013, l’est encore d’un tiers environ en 2014 ! Les responsables médicaux et politiques de toutes les régions lancent des cris d’alarme au gouvernement, en vain jusqu’à présent.

Voici quelques exemples. L’hôpital publique de Sparte, chef-lieu d’une région de 100 000 habitants, devra très probablement fermer le service de médecine interne, ainsi que la policlinique, parce qu’il n’y aura plus de médecin; pour l’instant il y a encore 2 chirurgiens, 2 pédiatres et 1 radiologue. Volos, une ville de 144 000 habitants, au centre de la Thessalie (752 000 habitants), n’a pour ainsi dire plus de service pédiatrique publique: des 18 pédiatres actifs par le passé, il en reste … 2, pour l’hôpital et la policlinique. Le Maire de l’île de Tinos a porté plainte contre le ministre de la santé, qui n’engage pas de nouveaux médecins: l’île ne compte plus qu’un médecin qui exerce un stage pratique après la fin de ses études, alors que l’île compte 10 000 habitants et accueille 1 million de touristes et pèlerins par an.

Donc hors des grandes villes, les patients doivent souvent être transportés sur de longues distances, attendre trop longtemps des traitements qui seraient urgents. Le frère d’un ami, souffrant d’un infarctus, a été véhiculé ici et là, mais les services de garde avaient été fermés. Il a été transporté sur 120 km dans une ambulance sans personnel soignant et sans équipement, alors que le traitement devrait commencer pendant le transport déjà, et sans climatisation (en été), pour finalement mourir à son arrivée à l’hôpital. Et pourtant il ne vivait pas dans une petite île isolée, ou dans un lointain village de montagne, mais au centre du Péloponnèse.

Aux médecins du service de santé publique on a imposé un plafond tellement bas quant au nombre de consultations et d’ordonnances qu’ils ont le droit d’effectuer chaque mois, que ce plafond est souvent atteint déjà au milieu du mois. Les patients doivent alors se lancer dans une course folle pour essayer de trouver un médecin qui n’a pas déjà épuisé son quota !

Aux dernières nouvelles, le Ministre de la santé ordonne, d’un jour à l’autre, la fermeture des Policliniques publiques de toute la Grèce, sans que des solutions de rechange soient encore organisées. Le Ministre promet des policliniques beaucoup plus rares et plus petites pour dans un mois, mais personne ne peut croire que ce délai sera respecté. Les médecins et les soignants refusent cette fermeture et font appel à la justice. Les médecins ont à de nombreuses reprises cherché à discuter avec le Ministre, en vain. Celui-ci a une attitude incroyable dans un état démocratique: la plupart du temps il hurle, insulte ses interlocuteurs – devant les caméras de la TV; il exprime sans pudeur ni langue de bois son crédo: « L’Etat ne peut pas se préoccuper de la santé de tous les citoyens! », alors que ceux-ci paient justement pour leur système de santé ! Imaginez qu’ici les caisses-maladie déclarent tout à coup « qu’elles ne peuvent, ma foi, pas s’occuper de la santé de tous les assurés ! »

On ne s’étonnera donc pas que l’espérance de vie ait chuté de 3 ans depuis 2009 !

Dans la revue médicale « Lancet » , l’une des plus reconnues au niveau international, est paru un article émanant de spécialistes des Universités d’Oxford et de Cambridge. Les auteurs constatent les faits suivants:

– la Grèce a le budget de santé le plus faible de la zone euro
– les malades sont dans une impossibilité croissante d’avoir accès aux soins et aux médicaments nécessaires
– on observe une grande augmentation des cas de maladies infectieuses
– et une augmentation de la mortalité des nourrissons de 43%
– la péjoration de la santé psychique est générale, le nombre des dépressions a été multiplié par 2,5 et les suicides ont augmenté de 45%, lors que le financement des soins dans ce domaine a été réduit de 55% déjà en 2012
– le paludisme est réapparu après 40 ans, parce que le gouvernement a stoppé l’éradication des moustiques vecteurs de cette maladie dans certaines régions marécageuses.
– les amputations du budget de la santé en Grèce sont les plus importantes en Europe à l’époque contemporaine.

Encore dans ce domaine : les enfants des gens qui ne sont plus affiliés à la caisse-maladie n’ont plus droit aux vaccins de base gratuits, et les parents ne peuvent pas les payer. Ce sont les « Médecins du Monde Grèce » qui remplissent maintenant cette tâche de santé publique, tout en soulignant qu’ils suppléent à un devoir qui incombe à l’Etat, comme ils le faisaient autrefois dans le tiers-monde.

images

Le gouvernement applique une politique clairement néo-libérale,

A un rythme accéléré, et ne s’en cache pas. Le vice-premier Ministre Venizelos a déclaré dans un discours télévisé: « Nos créanciers sont néo-libéraux et nous imposent leur programme néo-libéral ». Le premier ministre ne cache pas sa détestation du service public et favorise en toutes circonstances les très grandes entreprises, grecques ou étrangères. Le Ministre de la santé, dont il a été question plus haut, crie à la TV:  » Je représente le secteur privé ! ». En effet , le système de santé doit être en grande partie privatisé. De même dans l’éducation, les élèves du degré secondaire devront à peu près obligatoirement prendre des cours d’appui dans des écoles privées; la formation professionnelle passe en bonne partie au secteur privé. On se demande qui seront les  » clients  » de toutes ces entreprises privées, étant donné l’appauvrissement de la classe moyenne. L’OCDE constate que les salaires grecs sont revenus ces toutes dernières années à leur niveau de 1998 et que, le coût de la vie ayant augmenté de 70%, les Grecs ont donc perdu 70% de leur pouvoir d’achat.

Beaucoup de Grecs de la classe moyenne sont propriétaires de leur logement, en général modeste. Avant la crise ils ont été fortement « motivés » par les banques (plusieurs amis grecs m’ont dit avoir été harcelés à domicile par des appels téléphoniques de banques leur proposant des prêts). Mais tout a changé. Maintenant, comment les 1,5 mio de chômeurs qui touchent une très petite allocation pendant un an, puis plus rien, peuvent-ils payer des intérêts hypothécaires, en plus d’impôts fonciers fortement augmentés ? Et ceux, nombreux, qui travaillent, mais ne sont plus payés depuis des mois ? Et ceux dont le salaire a diminué au minimum légal -480 €- ou plus bas ? Ils sont menacés de la saisie de leur appartement, la Troïka (FMI, UE, BCE) faisant pression sur le gouvernement grec pour qu’il autorise ces saisies. Et l’Etat veut lui aussi saisir les biens, entre autres immobiliers, des citoyens ayant des arriérés d’impôts. Certains estiment que 60% des propriétaires sont en situation de voir leur appartement saisi. Finalement, un accord a été trouvé avec les banques: les propriétaires d’un logement peu cher, et n’ayant qu’un petit salaire, ne paieront que 30% de leur revenu en intérêts hypothécaires. Mais le fisc est plus dur: Une retraitée a vu son logement saisi pour un arriéré d’impôts de…540€! Dans des cas semblables, des propriétaires ont recouru avec succès auprès des tribunaux. Mais encore faut-il avoir les moyens de le faire. Par ailleurs, tout citoyen qui a un arriéré d’impôts ou de cotisations à la caisse-maladie et de retraite de plus de 5000 € doit être arrêté et passer devant un tribunal. On parle d’une femme de 90 ans atteinte d’Alzheimer qui est ainsi restée incarcérée deux jours. Et d’autres perspectives se précisent: bientôt le fisc pourra prélever des sommes à partir des comptes privés des contribuables, sans que ceux-ci soient avertis au préalable, de manière à ce qu’ils ne puissent pas retirer leurs fonds!

Un grand nombre d’indépendants sont dans l’incapacité de payer leurs contributions à la caisse de retraite et à la caisse-maladie, et sont donc en situation de subir une saisie express. Un phénomène sans doute unique en son genre: les cadres du fisc ont manifesté contre la diminution du nombre de leurs employés, au moment même où de nombreuses modifications du code fiscal viennent s’ajouter en permanence; ils ont indiqué qu’il serait donc impossible de contrôler toutes les déclarations d’impôts, ceci alors que l’Etat a déclaré vouloir augmenter ses rentrées fiscales. Les experts-comptables eux aussi ont manifesté contre cette prolifération de nouveaux articles du code fiscal, rédigés…en anglais (!), et parfois traduits en grec , mais avec des erreurs. Ils protestaient aussi contre la pénalisation insensée des contribuables : p.ex. une dette oubliée de 8 € peut se transformer après un an en une pénalité de plusieurs milliers d’€ !

Un expert indépendant de l’ONU, au terme d’une mission d’observation des conséquences des mesures d’austérité en Grèce, constate lui aussi que le service de santé publique est inaccessible à un nombre toujours plus important de citoyens. Il souligne que la Grèce est le seul pays de la zone euro qui ne possède pas de mécanisme d’assistance sociale servant de filet de sécurité en dernière instance- telle que l’aide sociale ici, c’est pourquoi p.ex. les chômeurs après un an au plus n’ont plus droit à rien. Il souligne encore que les conditions imposées par les bailleurs de fonds internationaux « risquent d’empêcher de garantir un niveau de vie conforme aux normes des droits de l’homme » pour un nombre considérable de Grecs.

Encore un dernier sujet, les privatisations, imposées par la Troïka. Tous les biens publiques doivent être privatisés: l’eau, l’électricité, les télécommunications, les transports, les ports, les aéroports, les ressources naturelles, les entreprises d’Etat. Ces biens sont vendus pour des prix très bas, et les gains qui en résultent ne vont pas au peuple grec, mais directement dans une caisse qui sert exclusivement au paiement des intérêts de la dette, ou de dettes arrivées à échéance. Comme ces ventes rapportent relativement peu, elles ne changent pratiquement rien à l’importance de la dette, qui reste non viable. Les grands bénéficiaires sont les acheteurs, grecs ou étrangers.

Encore brièvement, un nouveau chapitre s’ouvre. La police enquête auprès de la direction des écoles pour savoir quels élèves ont soutenu leurs enseignants qui protestaient contre les licenciements de masse dans l’enseignement – ceci à l’intérieur des écoles. Des élèves du secondaire ont été menacés: s’ils étaient ainsi « fichés », ils n’auraient pas le droit de se présenter aux examens d’entrée de l’université ou d’écoles professionnelles !

La télévision ERT (ancienne TV publique), indépendante et bénévole, continue, huit mois après la fermeture de la TV publique, de diffuser des informations. C’est en partie grâce à ces combattants acharnés de l’information que je peux vous donner des nouvelles. Enfin, des blogs et des journaux on-line sont aussi précieux.

Avec mes amicaux messages. Anne-Marie Bergdol. »

Manger bon, ne coûte pas cher

Monsieur carotte

La récente annonce de la création d’un label volontaire pour les restaurants qui ont un cuisinier aux fourneaux, semble avoir créé pas mal d’émoi contradictoire dans les chaumières comme dans les bistrots.

La sempiternelle question du prix revient à la surface. Comme s’il était normal d’acheter ou d’ingurgiter des produits de très basses qualités… Comme s’il était logique, pour remédier à nos problèmes de budget, de mettre dans notre assiette et celle de notre famille, des aliments nocifs et mauvais.

Non, mangez bon ne coûte pas cher ! Encore faut-il se donner le « luxe » de prendre le temps. C’est aussi simple que cela. Cela vaut bien 2-3 heures devant une morne télévision ou des heures de surf sur un portable insipide.

Alors pour la bonne bouche, voici 10 gestes de base pour manger hors des circuits mornes de l’industrie agro-alimentaire.

1. Fêtez les saisons ! Non, il n’y a pas d’asperges ou de fraises toute l’année dans nos contrées. Chaque trimestre, le programme change pour le plus grand plaisir des papilles.

2. Mangez local et varié ! A quoi, cela sert d’avoir dans son assiette des produits de l’autre bout de la planète, alors qu’ils existent au coin du pays. En plus, vous soutenez une production locale, une agriculture paysanne de proximité qui est en train de disparaître à vue d’œil.

3. Mangez quelque chose que vous cultivez. Mais oui, même sur son balcon, on peut faire pousser des tomates, du persil, quelques tiges d’oignons. De la semence à la mini-production, c’est un geste qui relie à la communauté nourricière.

4. Cessez de faire de votre frigo, la succursale de l’industrie agro-alimentaire. Achetez au jour le jour avec une liste de commission.

5. Mangez des produits non transformés. L’industrie a réussi à ce que 80% des aliments sur notre table soient transformés avec des additifs, des colorants, des irradiations. La salade, on prend le temps de la couper. Une purée de pommes se fait maison.

6. Court-circuitez à tout va. La rencontre avec un producteur, change la vie. Vous mettez un visage sur une nourriture, vous reprenez confiance. Marchés paysans, paniers de l’agriculture contractuelle, artisans de quartier. Revenez à un canal historique.

7. Cuisinez en permanence vous-même et avec vos enfants. Prenez le temps de vivre autour de la table, de déguster, de partager vos goûts.

8. Choisissez avec soin vos aliments animaux ou poissons. Demandez-vous d’où ils viennent, comment ils sont nourris. A l’herbe ? En liberté ? 2 fois dans la semaine, c’est largement suffisant.

9. Jouez avec les restes et faites des conserves pour l’hiver ! Le gaspillage alimentaire atteint des records en Suisse : près de 40%. Les repas les plus goûteux se font avec les restes.

10. Retrouvez les cuissons longues, les plats mijotés. L’obsession du filet perce le portemonnaie.

Au lieu d’acheter le dernier portable, dénichez une bonne casserole et un bon couteau. Vous ferez des économies. C’est manger mauvais, qui coûte cher. Sinon, livrez-vous pieds et poings liés à l’industrie alimentaire… Elle n’attend que cela.

paru dans 24 Heures du 7 octobre 2013

Je voulais partir sur la pointe des pieds…

carte coul

Un peu comme on ferme une porte sans faire de bruit. Mais d’autres, au sein du POP vraisemblablement, en ont décidé autrement.

En 2007, j’ai quitté le parti suisse du travail (PST-POP) et j’ai demandé que mon appartenance politique au Parlement soit clairement indiquée « La Gauche / Alternative Linke / La Sinistra » pendant la législature 2007-2011. Car j’ai participé dès le début à la création de ce mouvement national, destiné à recueillir toutes les formations à la gauche des socialistes et des verts. Et je tenais à marquer que ma présence à Berne était liée à ce projet unitaire. Peu ont remarqué cette évolution.

Le 16 avril dernier j’ai adressé ma démission à la section de Lausanne du POP & Gauche en mouvement. J’imagine que les lenteurs bureaucratiques et le printemps pluvieux ont un peu assoupi la prise en compte interne de ce départ.

Je ne le cache pas: je ne reconnais plus le parti auquel j’ai adhéré à 16 ans. J’ai de la peine à supporter ce lent déclin d’un mouvement que j’ai tenté d’animer pendant 25 ans. La politique du hérisson ne correspond pas à mon tempérament de lutteur et d’activiste.

J’aime nager dans les eaux de la gauche populaire et conviviale. C’est mon terreau ici et ailleurs. D’ailleurs, comment cesser le combat volontariste pour transformer ce monde où l’argent est devenu un défoliant planétaire ?

Je continuerais donc à soutenir le projet unitaire de « La Gauche », convaincu qu’il n’y pas d’autres espoirs que d’unifier sans sectarisme toutes les composantes de la gauche alternative. Au plaisir de nous rencontrer dans les luttes.

Pas de souveraineté alimentaire sans OGM !

fraisons

Il y a parfois des retournements passionnants. Celle du Centre patronal vaudois sur les OGM est un délice gustatif, à défaut d’être intellectuel.

Voilà donc l’organisation patronale qui prend fait et cause pour la souveraineté alimentaire. Ce qui est nouveau. Mais cela se fait, c’est paraît-il politiquement correct désormais…

Mais voilà, la définition de la souveraineté alimentaire patronale vaudoise n’a rien avoir avec celle de Via Campesina, l’organisation syndicale qui représente près de 200 millions de paysannes et de paysans dans le monde.

En l’occurrence, il s’agit plutôt du concept fumeux d’autarcie agricole ou viticole (selon les heures…).

Maintenant que la souveraineté alimentaire est entrée dans la politique agricole 2014-2017, on va l’utiliser pour nous faire bientôt bouffer les OGM dans notre assiette.

Evidemment, il fallait y penser. Et c’est logique non ? Si la Suisse ne produit que 50% de ce qu’elle mange, il faudra bien nous adapter à d’autres techniques plus modernes d’engraissement humain. Alors, pourquoi fermer la porte aux OGM ? Ce serait suicidaire non ? Imparable.

La coexistence entre cultures OGM et non-OGM a été au centre de la consultation qui vient de se terminer par la Confédération. Pour l’instant, le moratoire va tenir jusqu’à fin 2017. En 2018, nous allons savoir à quelle sauce le lobby agro-industriel va nous dévorer.

D’ici là, le débat est engagé, mais les opposants aux cultures OGM ont du souci à se faire. Si les souverainistes alimentaires commencent à se travestir pour faire pousser leurs rhubarbes transgéniques, le choc des cultures va être rude.

publié sur hebdo.ch

On mérite les lasagnes au canasson !

Vache qui rit
Laissons de côté pour l’heure ceux qui ne voient pas le problème: veau, cheval, boeuf, cochon, c’est tout de la viande non ?

Laissons aussi sur le bas-côté les soudains tiers-mondistes, qui se la jouent misérabilistes: ça sentirait le richeton de se préoccuper de choix de viande.

Reprenons donc.

Tout ce qui arrive en terme de manipulation alimentaire, ingurgitée en intraveineuse ou par voie buccale n’est que la conséquence logique de la marchandisation industrielle de la nourriture. Il ne sert à rien de se lamenter. Il y a en premier les responsables de ce système agro-alimentaire, mais il y a aussi les co-responsables, les collabos que nous sommes tous devenus avec les années de cette bouffe insipide.

Nous avons appris à l’avaler sans questions, par insouciance, par manque de temps (!) ou refus de résistance.

Les scandales alimentaires qui se multiplient, exigent l’absolue priorité à la production et à la consommation alimentaire locale. Nous allons droit au mur avec cette exploitation économique qui pourrit la nourriture et dégrade l’environnement.

Au lieu de prendre plaisir à manger, la nourriture va finir par nous dévorer.

Cette logique est mortelle. Non seulement parce qu’elle provoque obésité et malnutrition sur la planète. Mais parce qu’elle détruit la petite paysannerie, qui est notre communauté nourricière.

Refusons l’opposition entre petits producteurs et consommateurs que nous distille la grande chaîne des multinationales de l’agro-alimentaire. Nos intérêts sont communs entre des producteurs qui veulent être payés au juste prix et les mangeurs qui luttent pour une nourriture qui nourrit vraiment, sans fraude, le corps et la tête.

Nous sommes confrontés à un développement monstrueux en très peu de temps, qui détruit les systèmes alimentaires locaux millénaires.

Notre résistance doit consister à constituer des chaînes courtes, des chaînes de proximité. Chaque projet d’agriculture contractuelle est un pôle de résistance. Ce qui compte, c’est que les gens nouent des liens, non pour parler seulement de vente et d’achat de produits, mais pour un projet de société commune fondée sur le respect mutuel et la préservation de la biodiversité locale.

Alors, mettons en pratique quotidiennement la souveraineté alimentaire par des actes. Au coin de la rue, il y a le mouvement associatif Slow Food,qui se développe actuellement en Suisse romande, il y a aussi les dizaines de projets d’agriculture contractuelle de proximité regroupés au sein de la FRACP, sans oublier les mouvements comme Kokoppeli pour la libération de la semence ou la Semaine suisse du Goût qui a lieu en septembre dans tout le pays.

Exigeons aussi que les pouvoirs publics, les services publics s’approvisionnent dans le cadre de l’agriculture de proximité. C’est aussi pour cela qu’il faut lutter pour que tout le réseau scolaire de la crèche aux centres de formation s’alimente à travers le réseau de l’agriculture contractuelle. C’est pour cela que nous devons promouvoir l’éducation au goût et au plaisir du goût dans toute la vie en société.

Bref, nous devons arracher au cercle de la marchandise, le bien commun que constitue la nourriture.

Sinon, nous mériterons les lasagnes au canasson !

publié sur hebdo.ch

Semences occupy

carottes

La Cour de Justice de l’Union Européenne a pour l’heure désavoué l’association Kokopelli. De quoi s’agit-il ?

D’un côté Kokopelli, l’association française qui se bat depuis 20 ans pour la libération des semences et de l’autre le loby semencier représenté par l’Européan Seed Association. Pour l’heure, les semences enrobées de pesticides Cruiser ou Gaucho, celles qui nous empoisonnent la vie depuis un demi-siècle, sont reconnues dignes de « productivité agricole accrue ».

Ouste donc, le commerce de semences de variétés anciennes, héritage de décennies de préservation du patrimoine ! Leur mise hors-la-loi semble donc bel et bien programmée sous la pression des multinationales.

Les semences de petits producteurs, des associations de défense de la biodiversité, des jardiniers fous n’ont pas la chance d’être des tournevis ou des marteaux… pour lesquels il n’existe aucun Catalogue officiel.

Et la situation s’aggrave sur l’ensemble de la planète. Le Mexique, berceau historique du maïs a perdu 80% de ses variétés traditionnels. L’inde avait 2000 riz différents, il en reste 50. L’humanité avait 8500 espèces végétales pour son alimentation, ele se résout à consommer maïs et soja chimériques…

Pendant ce temps, l’hydre OGM s’étend, comme par hasard dans les pays du tiers-monde. La course de vitesse avec la résistance paysanne est devenu un enjeu de société.

Car la liberté des semences est un droit de l’homme, un droit écologique, économique et culturel.

Dans tous les pays se créent des cercles de résistants inquiets pour la sécurité alimentaire et nutritive, inquiets de la monoculture qui s’étend. C’est la petite paysannerie et la souveraineté alimentaire qui est en jeu derrière cet énorme brevetage du vivant. Et à terme la mort du goût. Les grandes tables de France qui s’approvisionnent directement auprès des semences libres ne s’y trompent pas…

En une année, la toute jeune association Kokoppeli-Suisse a déjà recueilli l’adhésion de 400 personnes. Un signe.

Comme le dit Vandana Shiva. écologiste indienne, prix nobel alternatif 1993: « Occupons nos semences ! »

publié sur hebdo.ch

Entre la croix, la faucille et le marteau…

Olivier Briand

Je me suis plongé avec délectation dans ce bel ouvrage. Chaque individu devrait avoir le temps de faire cet examen du temps vécu. Olivier Briand l’a pris. Il nous le livre en toute simplicité. Il réussit à nous entraîner dans tous ses espaces qu’il a vécu, les intimes comme les publics.

C’est étrange comme nous sommes replongés dans l’histoire d’un enfant de milieu populaire, pas si éloignée historiquement et pourtant on ressent bien combien le néo-libéralisme a réussi à tout casser en si peu de temps. Casser nos relations humaines, casser notre monde de simplicité auquel nous étions attachés.

Aucune nostalgie dans ces propos, juste le constat que ce camarade de lutte est un homme de foi qui a su rester debout dans ce monde de brute.

La lutte maintient, c’est ce qui fait le plus peur à nos adversaires de classe. Surtout, lorsque nos actes prophétiques du quotidien, sont des actes d’amitié et d’amour.

Olivier est un militant auto-constructeur. Associatif. Volontaire. Communicatif. Loin des appareils et des mots d’ordre, il a mis en route, dans ce coin de pays retenu, des énergies de transformation.

Il en ressort de la fierté, car il en faut… La fierté que nos valeurs préfigurent un autre monde.

Entre la croix, la faucille et le marteau… le plaisir, Olivier Briand, Editions Mon Village, 2012

Gamin, ouvre les yeux !

AL SH

« Lappi tue d’Augen uf ! » cette injonction figure sur le bas-relief de la Porte de Souabe, l’ancienne limite nord de Schaffhouse qui donne sur l’Allemagne.

C’est aussi le titre du journal des alternatifs du canton. Le canard cultive son indépendance, il tape dans le tas du bouillon local. En quelques années, il est devenu avec intelligence et ouverture, une presse de critiques et d’opposition, tout en étant profondément immergé dans le terreau local.

AL (Alternative Linke/ La Gauche) Schaffhouse ne manque pas d’étonner. Dans un canton profondément conservateur, AL a désormais un groupe au Grand Conseil (5 sièges sur 60) et un groupe au Conseil de Ville (4 sur 36). D’élections en élections, il grapille des pourcentages. Ouverts, non dogmatiques, bien implantés chez les jeunes, unitaires, bon vivants dans la vie quotidienne, ses militants devraient être plus suivis par Les Gauches de tout le pays…

Le week-end dernier, AL a réussi à faire passer son initiative cantonale pour le maintien des subsides à l’assurance maladie avec 53%. Un succès de plus.

Dans une période plutôt difficile pour les forces de la gauche d’opposition en Suisse, Alternative Linke indique quelques pistes à suivre pour retrouver une assise nationale qui manque face à une lente dérive à droite de toutes les forces politiques (PS et Verts compris).

Grèce: une guerre civile

Joelle Fontaine

Il n’est pas sûr que l’Histoire se répète. Cependant, le livre tout récent de l’historienne Joëlle Fontaine, « De la Résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946 » met le doigt sur des plaies ouvertes et souvent méconnues.

Il y a les atrocités des nazis allemands contre une population, qui a payé un lourd tribu par une destruction invraisemblable du pays. Les Grecs n’auront jamais droit à une quelconque compensation, les allemands refusant de payer leur dette de guerre.

Il y a l’écrasement de la Résistance, conduite par un parti communiste et des forces de gauche, qui a libéré seule le pays du fascisme, sans aide extérieure. Ecrasement qui se fera par les forces britanniques, qui ont ensuite passé le relais aux américains.

Joelle Fontaine explicite avec précision comment les grandes puissances ont constamment maintenu leur tutelle sur l’avenir du pays.

Une impression de « déjà vu » se dégage de ce livre, sauf qu’aujourd’hui la tutelle financière a remplacé la soumission politique. Hier, comme aujourd’hui, les élites tentent d’étouffer le mouvement populaire. Au moment de la visite de Merkel à Athènes, ce pan d’histoire revient à la surface. Enfin.

Le droit à l’alimentation, c’est pas de la tarte

2012_couve_seule_fr

Lorsqu’on parler de manger, immédiatement certains nous rabaissent au stade de « consommateurs alimentaires ». C’est réduire l’alimentation à des questions d’achats et de ventes. Ils oublient juste la notion de plaisir.

Nous voulons devenir des co-producteurs actifs de la communauté qui nous nourrit tous les jours. Parce que nous la respectons et nous voulons qu’elle vive. Si nous aimons les produits qui sont « bons, justes et propres », c’est pour se rappeler que « manger est un acte agricole »

Dès cette année, La Semaine suisse du Goût et Slow Food Suisse ont décidé une mise en réseau. C’est le résultat de valeurs communes partagées.

Car l’alimentation, c’est avant tout la joie. Le fait de se retrouver autour d’une table ne sert pas uniquement au partage de la nourriture, mais favorise aussi le dialogue, l’éducation permanente et le plaisir de la vie en société.

Nous voulons rendre à l’alimentation la valeur centrale qu’elle a perdu dans la vie quotidienne. Il dépend de nous que le droit à l’alimentation devienne un droit primordial de l’humanité.

La Semaine du Goût est née de la volonté de faire vivre un patrimoine culinaire. Si nous n’y prenons garde, tous ces petits savoirs qui se transmettaient de génération en génération, vont disparaître avec l’industrialisation de la nourriture.

La Semaine suisse du Goût a rassemblé une belle semaine 2012. Des milliers de personnes se préparent dans tout le pays pour vous offrir des rencontres autour du goût.

Prendre le temps de cette convivialité autour de la table, c’est tout simplement nous recentrer sur de vrais valeurs.