Gaza: il n’y a pas que le blocus israélien

gaza1 057

Je suis rentré mercredi dans la nuit. Difficile de décrire la situation de cette prison ouverte. Les mots me manquent. Mes nuits voient défiler les visages et les instants de ce désastre humain. Un million et demi d’habitants enfermés dans une bande côtière: il faut s’imaginer toute la Suisse romande entassée entre Genève et Morges.

Nous avons réussi à casser le blocus israélien avec les 13 parlementaires. Nous avons pu apporter cette tonne de médicaments. C’était à la fois dérisoire et nécessaire. Mais la réalité sur place dépasse tout entendement.

Ce matin encore, aucune nourriture, notamment la farine, n’a pu passer les frontières. L’électricité va manquer cruellement. Bref, l’état sanitaire, social et économique de la population est en dégradation constante. Les organisations humanitaires sont dans l’incapacité de répondre aux besoins les plus élémentaires.

Il y a le blocus israélien constant, violent. Mais il y a le blocus égyptien tout aussi scandaleux. Depuis juin 2007, la frontière n’a été ouverte que trois fois à Rafah. Les autorités égyptiennes ont refusé le passage de la délégation de 53 parlementaires européennes que nous projetions, ce qui nous a obligé de partir par frégate depuis Chypre.

gaza suite 038

Il faut voir les tunnels creuser à quelques centaines de mètres de la frontière égyptienne. Des dizaines de tunnels, parfois d’une profondeur de trente mètres. Des tunnels dangereux, instables, menaçant de s’écrouler à tout instant, parfois gazés par les militaires égyptiens. Et pourtant, c’est de ces tunnels immondes que passent une partie indispensables des vivres, des médicaments, de l’essence. Ils sont l’objet de tout un trafic noir. On parle de prix démentiels multipliés par trois pour toutes les marchandises. La vie à Gaza est désormais plus chère qu’à Genève. Je vous invite à lire le témoignage d’Eugènie Rébillard paru dans l’hebdo Politis de cette semaine.

Il y a finalement aussi le blocus inter-palestinien, celui du Fatah de Cisjordanie, qui contrôle une partie de l’aide internationale. La division entre Gaza et Ramallah ne fait que renforcer le blocus israélien. Le Monde Diplomatique d’octobre par la voix de la journaliste israélienne Amira Hass décrit avec précision cette situation de double autorité.

Certes, nous avons été accueilli à notre descente de bateau par les autorités issues du Hamas. Et alors ? Au nom de quoi, nous devrions refuser de discuter avec ceux qui ont gagné les élections dans cette partie de la Palestine. Mais je me rappelle encore de ce prêtre catholique qui nous accueilli aussi, comme des rencontres avec les représentants de la société civile, des forces de gauche. Car la vie démocratique est une constante de la Palestine, malgré ceux qui tentent de la faire taire.

Pour l’immédiat, il y a un devoir de solidarité. Pour desserrer l’étau. Quelques projets de modestes coopérations ou jumelages en matière sanitaire et scolaire entre la Suisse et Gaza pourraient se mettre en place. Inchallah.

gaza suite 048