Socialisme calimero

calimero

Le tango ministériel helvétique n’a en soi rien d’exceptionnel. Il est courant dans tous les pays.

L’exceptionnel tient essentiellement, et c’est un élément de nouveauté, à la volonté d’une fraction politique (Libéraux-radicaux + PDC + PBD), représentant au plus 30% de l’électorat votant, d’imposer ses vues sans aucune gêne particulière, avec le soutien explicite du vrai pouvoir, de l’économie.

Là encore rien d’exceptionnel. Surtout à une année des élections générales. En Suisse, on aimait prendre jusqu’ici quelques pincettes pour faire avaler la potion aux socialistes utiles.

Le parti socialiste nous apprend qu’il avait négocié avant, avec les partis bourgeois pour ne pas recevoir de départements croupions. Et voilà qu’ils n’ont pas joué le jeu de la concordance souhaitée. C’est fou comme les bourgeois sont inconvenants !

En 1953, le PS avait au moins su quitter le Conseil fédéral pour se faire respecter. Mais lorsqu’on n’a d’autre stratégie politique que l’occupation des fauteuils laissés vacants par la droite, on doit s’attendre à subir encore d’autres humiliations.

Etre sevré en permanence à la collégialité ne fait malheureusement pas un programme politique. Derrière la soumission du PS, il y a bien plus grave, ce sont les intérêts populaires immédiats qui sont en jeu.

Et lorsque nous verrons ce Conseil fédéral de droite défendre sa politique de sécurité, de l’asile, de l’immigration, de la retraite des femmes à 65 ans, de la construction de centrales nucléaires et j’en passe… avec des socialistes dedans ! Le spectacle sera accompli.

Pendant ce temps l’UDC peut jouer le rôle de l’opposition, de la défense de la veuve et de l’orphelin des villes et des champs, avec l’argent du milliardaire. Le tapis est déroulé.

Longue vie au socialisme calimero !

PS: Bodenmann met le doigt là où ça fait mal…

PS

La lettre ouverte de Peter Bodenmann, ancien président du PSS, à Christian Levrat met le doigt sur les récentes défaites successives des sociaux-démocrates suisses.

La direction du PSS se démène pour se montrer la plus compétente, la plus rapide, la plus efficace dans les solutions à la crise. Des plateaux médiatiques de choix sont servis à cet effet, mais rien n’y fait. La crise ne dope pas le PS. Bien, au contraire, ce sont encore et encore, les Verts et l’UDC qui continuent leur lent grignotage.

Bodenmann a raison de mettre en cause la stupidité de la défense du secret bancaire et la politique environnementale ridicule poursuivie par le PSS au Conseil fédéral. Sans parler de l’envoi de troupes suisses à l’étranger.

Il reste cependant l’essentiel, la ligne totalement sociale-libérale poursuivie derrière les effets de manche médiatique. Pourquoi choisir le PSS sur le marché électoral, si d’autres remplissent à merveille ses parts de programme ?

Politique sécuritaire ? Ils cliquent sur UDC
Anti-militarisme de base, pacifisme, ils cliquent sur les Verts
Ecologie ? ils cliquent sur les Verts
Refus du secret bancaire ? ils cliquent sur les Verts

Pourquoi choisir la copie à l’original ? Pour l’instant, élections après élections, ce sont les courants de fond observés.

Et ils sont déterminés largement par le fait que le PS est un parti du système, intégré au consensus politique, adaptateur de politique sociale-libérale, participant actif à un gouvernement de droite et d’extrême-droite.

Tout le reste n’est que gesticulations pour la galerie. Lorsque les gens veulent voter anti-système au coeur de cette crise financière et de valeurs, ils choisissent Verts ou UDC. cela fait mal, mais c’est ainsi.

Et la gauche de la gauche dans tout cela ? Absente, nationalement inexistante, enfermée dans son sectarisme d’organisation. Au moment où tous les remises en questions fondamentales du système capitaliste reviennent sur le devant de la scène, la gauche alternative et d’opposition se met aux abonnés absents, sans aucune volonté de travail unitaire comme « Die Linke » en Allemagne ou le « Front de Gauche » en France.

Il n’est cependant pas impossible que de ce désastre de perspectives, sorte quelques propositions qui redonnent de la voix à une Gauche anti-libérale… Urgence, il y a, encore faut-il avoir envie de la porter dans les milieux populaires.