Gaza 1956, la haine plantée…

Gaza 1956

En marge du blocus actuel, le pavé de Joe Sacco, intitulé « Gaza 1956 » nous ramène à un pan méconnu de l’histoire palestinienne. Le dessinateur de cette BD mène son enquête sur le massacre de Palestiniens à Rafah et Khan Younès durant la guerre de Suez. Ces événements ont eu lieu les 3 et 12 novembre 1956. Plus de 400 palestiniens ont été massacrés par l’armée israélienne.

L’enquête de Joe Sacco, car il s’agit d’une vraie enquête minutieuse, a été menée entre 2002 et 2003. Elle vient de sortir pour sauver ces morts des oubliettes de l’histoire. Cette bande dessinée est dense, 400 pages de belle facture. L’auto-dérision de l’enquêteur permet une respiration sur cette suite de tragédies. La haine a été plantée dans les coeurs depuis si longtemps…

Un après la guerre, le ghetto de Gaza

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Vivre dans ce territoire, c’est mourir à petit feu, prisonnier dans un camp à ciel ouvert, comme a pu le constater une délégation européenne en visite ce week-end.

A chaque voyage vers Gaza, le doute me tenaille: encore une délégation parlementaire… y aller, ne pas y aller? J’y suis parti en bateau avec «Free Gaza» à partir de Chypre en novembre 2008 avant l’invasion israélienne, pour rompre le blocus. Puis, avec une délégation de quatre parlementaires suisses, en janvier 2009, sur les tas de gravats encore fumants.

Et aujourd’hui, un an après. Ces officialités peuvent paraître fastidieuses. Mais à chacun de mes retours, j’ai l’intime conviction qu’il est indispensable que les habitants de Gaza et les Palestiniens en général ne se sentent pas abandonnés. Les responsables et les habitants que nous rencontrons nous le disent à chaque fois: «Votre présence est une bouffée d’oxygène.» Egalement du voyage, le chanteur vaudois Michel Bühler a la même réaction: «Nous avons pu organiser un petit concert dans une école de musique. Les élèves et moi-même avons interprété quelques chansons. Une fois de plus, il était très important de montrer qu’ils n’étaient pas tout seuls. Leur grande crainte est que tout le monde les oublie.»

Dans les faits, ces intrusions de parlementaires dans le ghetto de Gaza sont des actes officiels de solidarité. Elles constituent une pression sur les autorités israéliennes et aussi égyptiennes, ne l’oublions pas, tous les deux responsables du blocus.

Alors que la «Marche internationale pour la liberté de Gaza», rassemblant 1’400 personnes a été bloquée au Caire pendant une semaine, avec des encerclements policiers permanents, le régime égyptien a dû céder à la pression internationale à la dernière minute et permettre l’entrée des 60 parlementaires européens (lire ci-dessous).

Israël soutient que le blocus de Gaza, en vigueur depuis juin 2007, répond aux attaques à la roquette que des groupes armés palestiniens ont menées sur le sud d’Israël à partir de la bande de Gaza. Le fait est qu’au lieu de viser des groupes armés, ce blocus punit toute la population en imposant des restrictions aux livraisons de nourriture, de médicaments, de fournitures scolaires et de matériaux de construction.

L’opération «Plomb durci» menée par l’armée israélienne du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 n’a fait qu’accentuer à l’extrême, l’isolement et le dénuement de la bande de Gaza où vivent près d’1,5 millions d’habitants, ce qui en fait le territoire le plus peuple de la planète. Comme le rapporte clairement Amnesty International, «le blocus asphyxie la population, dont plus de la moitié est constituée d’enfants, dans pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. On ne peut laisser se poursuivre l’isolement et la souffrance dans lesquels elle est de plus en plus plongée.»

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Israël a beau rejeter les conclusions d’Amnesty international et refuser de prendre en compte le rapport Goldstone, la réalité de l’invasion, c’est 5’300 blessés, 1’400 morts, dont parmi eux moins de 250 étaient des combattants. Le plus incompréhensible, face à la brutalité israélienne permanente, c’est la longue retenue palestinienne. Car le rapport Goldstone est formel: bien sûr qu’il fait le décompte des crimes de guerre commis par les autorités de Gaza, comme les tirs de roquettes sur les civils israéliens, mais il fait surtout la longue liste de ceux commis par l’armée israélienne… Notamment, des «détails» qui tuent: la mission de l’ONU rapporte clairement que certains soldats israéliens se sont servis de civils comme de boucliers !

Face à tous ces blocages institutionnels internationaux, les exigences des parlementaires suisses sont claires. La Suisse doit s’engager sur le plan international avec force pour que le blocus que subit Gaza soit immédiatement levé sans conditions, que sur la base du rapport Goldstone, les dommages matériels et la reconstruction promise soit assumée par les responsables du conflit, que les résultats des élections démocratiques de 2006 soient reconnus, que toutes les parties palestiniennes deviennent des interlocuteurs sans exclusive et enfin que cesse toute collaboration militaire avec Israël.

La Suisse officielle a une position particulière dans le conflit. D’une part, elle a maintenu l’essentiel de son dispositif humanitaire et de coopération dans le ghetto de Gaza, sans concentrer toute son aide en Cisjordanie, comme la plupart des pays occidentaux. Elle maintient d’autre part des contacts avec toutes les parties palestiniennes, y compris le Hamas.

Malgré la votation sur les minarets, la Suisse conserve une image de confiance chez tous les interlocuteurs. La délégation helvétique l’a fortement ressenti de la part du gouvernement du Hamas. Car, qu’on le veuille ou non, c’est bien là, un élément essentiel de la situation politique. Les résultats des élections démocratiques de 2006 ont donné une victoire du Hamas; ce mouvement que la plupart des chancelleries occidentales continuent à faire figurer sur la liste des organisations terroristes.

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Même Robert Malley, ancien conseiller du président Clinton pour le Proche-Orient salue la diplomatie suisse et sa volonté de maintenir le dialogue avec toutes les parties: «Cette ouverture est essentielle, alors que le paysage politique des deux parties est plus émietté que jamais. On ne peut plus privilégier certains interlocuteurs comme le Fatah, puisqu’ils ne sont plus en mesure de conduire les événements sur le terrain.» Et Robert Malley insiste sournoisement: «La continuation du blocus alimente le mécontentement populaire. Mais il renforce l’emprise du Hamas sur la bande de Gaza. A force d’assécher les échanges économiques et commerciaux, le monopole retombe dans les mains de ceux-là même qu’on cherche à affaiblir, soit le Hamas.»

La délégation a donc longuement rencontré le premier Ministre appartenant au Hamas, Ismaël Haniyeh, ainsi que d’autres membres du gouvernement. L’objectif est de casser les exclusives, d’ouvrir des perspectives de dialogue en vue d’une réconciliation inter-palestinienne, indispensable à la reprise d’un processus de paix.

Toutes ces actions parlementaires ne seraient finalement rien sans les actions citoyennes de solidarité avec le peuple palestinien menées dans tous les pays, et surtout sans une amplification de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction) à l’égard de l’Etat d’Israël, comme autrefois dans la campagne anti-apartheid sud-africaine.

Composition de la délégation européenne

La délégation européenne était composée de plus de 60 députés représentant 15 pays. Organisée par la «Campagne européenne pour mettre fin au blocus de Gaza», elle a passé, dans les faits, 48 heures dans Gaza même, après l’autorisation de dernière minute des autorités égyptiennes. Elle s’est rendue au siège du Conseil législatif palestinien et visité les locaux bombardés par l’occupation israélienne. Elle a eu des entretiens avec la commission chargée d’archiver les crimes de guerre, les ONG de Gaza, l’ONU. Elle a visité des quartiers, des écoles, durement éprouvés par le blocus arbitraire. Elle a eu enfin des rencontres avec le secrétaire général de la Ligue Arabe, le ministre égyptien des Affaires étrangères et le président du Parlement de ce pays.

La délégation suisse était composée de Geri Müller (Les Verts), Jean-Charles Rielle (PS), Josef Zisyadis (POP / La Gauche), ainsi que du chanteur Michel Bühler. Elle était aussi accompagnée de Ender Demirtas et Anouar Gharbi, militants de l’association genevoise Droits pour tous.

Ambassadeur d’Israel : retour à la case départ !

solidarité Gaza

L’intrusion médiatique de l’ambassadeur d’Israël à Berne et ses attaques contre la Suisse ne sont ni anodines ni fortuites. Elles correspondent exactement à la stratégie définie par cet Etat voyou en guerre contre tout un peuple.

Il n’est pas courant qu’un ambassadeur d’un pays tiers se permette des critiques d’une telle virulence à l’égard de la politique étrangères d’un pays dont il est l’hôte. En s’introduisant dans les affaires intérieures de la Suisse, Israel cherche à déstabiliser la politique étrangère suisse, c’est-à-dire à l’empêcher de maintenir son aide humanitaire et de coopération à Gaza, de discuter avec toutes les parties en présence, notamment le Hamas.

Connaissant parfaitement les faiblesses du Conseil fédéral, l’ambassadeur d’Israel cherche de fait à paralyser une action jusqu’ici correcte sur le plan humanitaire.

Ce n’est enfin pas fortuit, d’intervenir dans les journaux suisses, au lendemain d’une mobilisation importante de solidarité en faveur du peuple palestinien (7000 personnes à Berne !). Il s’agit tout simplement de réduire à néant le dégoût qu’inspire la politique militaire israélienne. En fin politique, Ilan Elgar a choisi de battre le fer quand il est chaud, pour empêcher la montée de la solidarité.

Il n’y a qu’une issue à ce colonisateur de nos pensées et de nos actes politiques: il faut le renvoyer dans pays, pour lui remettre les idées en place. Et lui apprendre son travail de diplomate.

Pas besoin d’être Chavez pour le faire, il faut juste un peu de courage.

Gaza: manifester à Berne, un devoir d’humanité

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Il n’y a désormais plus de mots pour décrire ce carnage, cette boucherie génocidaire. La complaisance internationale face à un million et demi de Palestiniens pris en otage par un Etat voyou dépasse l’entendement.

Pendant que les Etats et leurs gouvernements jouent les Ponce Pilate, c’est aux peuples du monde qu’il revient le devoir de crier le refus de cet assassinat collectif.

Partout dans le monde, ce samedi 10 janvier, les pacifistes défileront, protesteront, diront leur solidarté avec un peuple meurtri.

Rejoindre la manifestation de Berne est un devoir d’humanité pour le pays détenteur de la signature de la Convention de Genève.

Gaza: il n’y a pas que le blocus israélien

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Je suis rentré mercredi dans la nuit. Difficile de décrire la situation de cette prison ouverte. Les mots me manquent. Mes nuits voient défiler les visages et les instants de ce désastre humain. Un million et demi d’habitants enfermés dans une bande côtière: il faut s’imaginer toute la Suisse romande entassée entre Genève et Morges.

Nous avons réussi à casser le blocus israélien avec les 13 parlementaires. Nous avons pu apporter cette tonne de médicaments. C’était à la fois dérisoire et nécessaire. Mais la réalité sur place dépasse tout entendement.

Ce matin encore, aucune nourriture, notamment la farine, n’a pu passer les frontières. L’électricité va manquer cruellement. Bref, l’état sanitaire, social et économique de la population est en dégradation constante. Les organisations humanitaires sont dans l’incapacité de répondre aux besoins les plus élémentaires.

Il y a le blocus israélien constant, violent. Mais il y a le blocus égyptien tout aussi scandaleux. Depuis juin 2007, la frontière n’a été ouverte que trois fois à Rafah. Les autorités égyptiennes ont refusé le passage de la délégation de 53 parlementaires européennes que nous projetions, ce qui nous a obligé de partir par frégate depuis Chypre.

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Il faut voir les tunnels creuser à quelques centaines de mètres de la frontière égyptienne. Des dizaines de tunnels, parfois d’une profondeur de trente mètres. Des tunnels dangereux, instables, menaçant de s’écrouler à tout instant, parfois gazés par les militaires égyptiens. Et pourtant, c’est de ces tunnels immondes que passent une partie indispensables des vivres, des médicaments, de l’essence. Ils sont l’objet de tout un trafic noir. On parle de prix démentiels multipliés par trois pour toutes les marchandises. La vie à Gaza est désormais plus chère qu’à Genève. Je vous invite à lire le témoignage d’Eugènie Rébillard paru dans l’hebdo Politis de cette semaine.

Il y a finalement aussi le blocus inter-palestinien, celui du Fatah de Cisjordanie, qui contrôle une partie de l’aide internationale. La division entre Gaza et Ramallah ne fait que renforcer le blocus israélien. Le Monde Diplomatique d’octobre par la voix de la journaliste israélienne Amira Hass décrit avec précision cette situation de double autorité.

Certes, nous avons été accueilli à notre descente de bateau par les autorités issues du Hamas. Et alors ? Au nom de quoi, nous devrions refuser de discuter avec ceux qui ont gagné les élections dans cette partie de la Palestine. Mais je me rappelle encore de ce prêtre catholique qui nous accueilli aussi, comme des rencontres avec les représentants de la société civile, des forces de gauche. Car la vie démocratique est une constante de la Palestine, malgré ceux qui tentent de la faire taire.

Pour l’immédiat, il y a un devoir de solidarité. Pour desserrer l’étau. Quelques projets de modestes coopérations ou jumelages en matière sanitaire et scolaire entre la Suisse et Gaza pourraient se mettre en place. Inchallah.

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Le siège de Gaza a trop duré: un bateau pour rompre le blocus

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Vendredi 7 novembre, la SS DIGNITÉ part de Larnaca (Chypre), à destination de Gaza. 13 parlementaires d’Angleterre, d’Irlande, d’Italie, de Turquie, du Pays de Galles, de la Suisse et d’Ecosse, seront à bord.

Après le refus du gouvernement égyptien d’accorder l’entrée à une délégation de 53 parlementaires internationaux par Rafah, la campagne européenne pour mettre fin au siège de Gaza et le mouvement Free Gaza se sont mis ensemble pour faire de cette mission une réalité et permettre à une plus petite délégation de 13 parlementaires, l’occasion d’aller à Gaza par la mer.

La campagne européenne pour mettre fin au siège de Gaza, qui comprend plus de trente O.N.G.s et associations à travers l’Europe, est déterminée pour casser le siège et continuera de déployer ses efforts pour soutenir cette cause au sein des autorités et du public » .

Deux voyages réussis ont été entrepris à Gaza récemment, un en août et l’autre la semaine dernière afin que les participants constatent par eux-mêmes la situation difficile imposée par Israël à 1.5 million de Palestiniens.

Notre délégation de 13 parlementaires visitera des hôpitaux et fournira une tonne de fournitures médicales apportée à bord. Si tout va bien, nous pourrons rencontrer plusieurs des 700 étudiants qui ont été empêchés de quitter Gaza et d’étudier aux universités qui les ont déjà admises.