Lucarne de départ pour H-R. Merz: vendredi

Mirador

Tout est en ordre. La crise libyenne est terminée, les otages suisses sont au bercail.

Tout est en ordre. Le peuple suisse n’aura pas la possibilité de se prononcer sur l’accord USA-UBS. Les dirigeants maffieux de la banque (et leurs bonus !) sont sauvés grâce à l’UDC et quelques autres… Le secret bancaire est sauf, la déculottée est minime pour la finance suisse. Il n’y aura pas de crise avec les USA, pas de démantèlement des grandes banques, de plus en plus dangereuses pour le bien public.

Le calme va s’imposer, la pose estivale s’annonce. Avec un peu de pain et quelques jeux.

Une lucarne de départ s’annonce pour le Ministre des finances, elle est courte, mais elle peut être salutaire pour le vieux grand parti, qui a une santé à se refaire… Et qui sait un besoin urgent d’occuper l’espace médiatique pour tout faire oublier.

4 milliards de bénéfices et 400.000 pauvres pour le plaisir

AGT 12

Hans-Rudolf Merz est un grand Ministre, il sait compter, prévoir et surtout épargner sur la tête des plus faibles de la société. Avec un excédent de 4,1 milliards de francs en 2007, c’est 3,2 milliards de plus que le budget poudre aux yeux que le Parlement a voté avant les élections. Qui dit mieux ? Diable, plus de 400 % d’amélioration !

Et il a osé s’exclamer: « D’année en année, cela fait de plus en plus plaisir de présenter les comptes ! »

Le plaisir, c’est pour les 400.000 pauvres de Suisse, ceux qui sont répertoriés par l’Office fédéral de la statistique (OFS), le même jour que l’annonce de ces comptes fabuleux. Ils sont 9%, paraît-il, dans le pays le plus riche du monde, mais il faut y ajouter ceux et celles qui ont plus de 59 ans (une craquée…), ceux qui sont à l’aide sociale (une pelée…), bref.

Vous ne voyez pas le lien ? Mais voyons, c’est celui du plaisir tout simplement…

Le plaisir du transfert des richesses des couches salariées vers la caste la plus aisée. Le Conseil fédéral en est l’accompagnateur zélé. Pour le « plaisir » des inégalités sociales, de leur accentuation. Pas besoin de dessin pour comprendre que les 25 dernières années, la part des salaires dans la répartition des richesses a déjà reculé de 10 points en faveur des profits, en passant de 70 % à 60 % du revenu national.

Il paraît que cela risque de continuer, sauf si…

Plaisir, plaisir, quand tu nous tiens.

Cela me rappelle un poème de Nazim Hikmet, « la plus drôle des créatures »:

« Tu es comme le mouton, mon frère,
Quand le bourreau habillé de ta peau

quand le bourreau lève son bâton

tu te hâtes de rentrer dans le troupeau

et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.

Et si il y a tant de misère sur terre

c’est grâce à toi, mon frère,

Si nous sommes affamés, épuisés,

Si nous sommes écorchés jusqu’au sang,

Pressés comme la grappe pour donner notre vin,

Irais-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non,

Mais tu y es pour beaucoup, mon frère. »