Le Kudelbroulis, un hybride mutant

Personne n’a fait le lien.

La distribution du « Petit Broulis illustré » à tous les citoyens nés entre juillet 1976 et juillet 1977 a été financée par André Kudelski (PDG de Nagra).

Beau geste désintéressé en pleine campagne électorale.

Le même Kudelski, entrepreneur entreprenant a touché en 2006 une bagatelle de revenu augmenté de 15%, comme tous les salariés du pays, soit en l’occurrence 11 millions, soit 260 fois le revenu de sa femme de ménage…

Dans notre pays, il n’y a pas de SMIG, comme d’ailleurs de RMA, autrement dit pour les novices, « Revenu maximum acceptable » (rassurez-vous, il n’existe dans aucun pays…!).

L’entrepreneur Kudelski a bien le droit, la liberté, la libéralité d’offrir à ses amis politiques des BD distribuées largement, tout en volant ces sommes à ceux et celles qui travaillent pour lui.

Ce faisant, il est créateur, un grand créateur de l’hybride mutant qu’attendaient tant d’hommes politiques. Le Kudelbroulis devrait être enregistré. C’est une pièce maîtresse du nouveau dispositif politique. Le patron offre, le ministre dispose.

Et pendant ce temps, pas de comptes de campagne contrôlés, pas de limitation des dépenses de campagnes électorales, pas de publication obligatoire des donateurs. Ainsi va le pays de Vaud…

Match salaire minimum-maximum: 1 à 400 !

Mon initiative parlementaire a été refusée hier au Parlement fédéral par 117 voix contre 56. Bon, vous ne trouverez rien dans la presse romande (ou presque), il vous faudrait lire la presse alémanique qui est plus correcte… C’est ainsi… depuis longtemps…

Mon initiative parlementaire pouvait sembler totalement utopique, mais elle était l’occasion de lancer un débat qui fait rage dans toutes les couches de la société.

La question philosophique de fond est celle de savoir, dans une société qui se veut démocratique, quel est l’éventail moralement acceptable entre le plus bas salaire et le plus haut salaire. Au début du XXe siècle, les libéraux américains estimaient que le maximum de différence admissible entre le plus bas et le plus haut salaire était de 1 à 20. En 2005, les dernières statistiques américaines chiffrent cette différence, cette inégalité, à un rapport de 1 à 435.

Si je prends l’exemple des revenus de Monsieur Ospel (le big boss de l’UBS…): entre la femme de ménage à 25 francs de l’heure et ses 10 000 francs de l’heure, la différence est de 1 à 400.

Juste un exemple récent: 280 000 millions de francs chacun, c’est le montant que peuvent encaisser six membres de la direction du Crédit suisse avec le fameux plan PIP (Performance Incentive Plan) pour la période 2004/05. Voilà des revenus qui dépassent l’entendement du simple citoyen !

Au-delà d’un certain seuil, les inégalités de revenus et de fortune sont des incitations à la délinquance. Les hauts salaires ne récompensent à ce stade plus rien, pas même les valeurs conservatrices comme l’effort, le mérite et le travail…

Quand la fortune des 225 personnes les plus riches du monde est égale au revenu de 2,5 milliards d’êtres humains, nous avons le cocktail le plus explosif de l’humiliation et de la misère, ce qui constitue vraisemblablement le réservoir de choix pour les fondamentalismes et les intégrismes de tous genres.

On pourrait dire que les salaires fous rendent fou. C’est pour cela que cette question ne touche pas seulement à la justice sociale et l’ordre public, mais aussi la politique de la santé. Tout simplement: au-delà d’un certain niveau de fortune, les riches sont atteints d’un phénomène psychique que connaissent bien les personnes qui travaillent dans le domaine des psychoses maniacodépressives, lesquelles peuvent conduire à des mises sous tutelle ou sous curatelle des personnes étant incapables de traiter rationnellement leur argent.

Les chroniques « people », d’ailleurs, raffolent de ce genre de situations: elles font souvent état de managers qui sont entraînés dans un délire financier et y entraînent leur propre entreprise.

Bref, mon initiative parlementaire demandait:
1. que l’on instaure en Suisse un salaire minimum de 3500 francs
2. que l’on fixe la norme minimale acceptable pour le salaire maximum. Personnellement, je l’ai fixée à dix fois le SMIG, 35 000 francs
3. que l’on lie le SMIG et le revenu maximum acceptable, c’est-à-dire qu’en cas d’indexation, on maintienne cet écart d’inégalité…
4. que tout revenu supérieur à ce plafond soit versé dans un impôt fédéral sur la fortune.

Cela vous étonne que la droite refuse ?