Gauche de gauche, le retour ?

Die Linke

Coup sur coup, les élections législatives nationales allemandes et portugaises indiquent une montée de la gauche anti-capitaliste.

En Allemagne, Die Linke fait un bond à 12,8%, dépasse les Verts sur le plan national et envoit aux Bundestag 78 députés (40 femmes et 38 hommes !).

Au Portugal, la gauche anti-capitaliste dans son ensemble (Bloc de Gauche et Parti communiste) font un score de 17,7%. Le Bloc de gauche, qui appartient au Parti de la Gauche européenne, dépasse pour la première fois le PC.

Ce léger frémissement est symptomatique de l’attente des milieux populaires, qui tentent de résister partout à la crise du système.

Trois constatations rapides:

1. La social-démocratie est en pleine déconfiture pour avoir épousé très vite les thèses néo-libérales.
2. Les Verts deviennent de plus en plus les promoteurs d’un capitalisme vert, qui leur fait perdre leur aura de contestation du système.
3. La Gauche de gauche se recompose, elle devient nettement éco-socialiste et s’ouvre sur de nouvelles pratiques sociales.

Il y a de l’espoir dans tout cela, y compris dans notre petite Suisse, si nous savons nous unifier, sortir du sectarisme d’organisation.

Deux échéances à suivre prochainement: les résultats des élections cantonales genevoises et la première rencontre nationale de « La Gauche / Linke Alternative / La Sinistra le 21 novembre à Schaffhouse.

A trop vouloir enterrer la Gauche…

ceder capituler

Les commentateurs ne savent pas trop quoi dire sur les élections neuchâteloises. C’est vrai que c’est embêtant ces résultats, ils voulaient tellement qu’ils soient différents…

Tiens, la Gauche anticapitaliste (POP & solidaritéS) se renforce. Elle passe de 7 à 10 sièges. Les Verts passent de 10 à 14 sièges. Et les sociaux-libéraux qui ont pratiqué une politique d’austérité à l’égard des salariés les plus modestes… reculent de 5 sièges. Et, cerise sur le gâteau, l’UDC boit la tasse avec 4 sièges en moins.

Intéressant, cette première élection romande depuis la crise financière. Cela ne sert à rien de tartiner longuement sur le score de Fernand Cuche. Il n’a rien de désastreux en soi, à partir du moment que chaque parti a présenté des listes autonomes et complètes pour le Gouvernement… Non seulement la droite a perdu son pari, mais le message de la population est claire: assez d’une soit-disant gauche qui veut singer la politique de droite !

Deux commentaires annexes pour notre gauche, la gauche alternative:

1. Elle a su s’unir. Elle a proposé une alternative. Les milieux modestes l’ont entendu. Le POP & solidaritéS ont su dépasser les clivages d’appareil. Cela démontre aussi que la population souhaite une vraie force politique alternative de gauche.

2. Entre les textes absolus de congrès et la réalité politique locale militante, il y parfois de la coupe aux lèvres. solidaritéS peut bien dans son congrès déclarer refuser toute alliance… il se trouve qu’à Neuchâtel, solidaritéS est dans le même groupe que les Verts et le POP et qu’un de ses Municipaux fait partie de la majorité gouvernementale en Ville de Neuchâtel. Principe, principe, quand tu nous tiens…

En attendant la nécessaire unité de la gauche alternative dans les futures élections cantonales genevoises de cet automne, il ne nous reste plus qu’à travailler pour tisser des liens, lutter ensemble et dépasser les clivages entre tous les anticapitalistes de ce pays.

La gauche est pavée de donneurs de leçons

gauche

A peine lancé, l’Appel pour une vraie force politique alternative de gauche , suscite des commentaires bien intentionnés. Comme d’habitude, les plus proches concernés sont les plus méfiants.

Florilège gourmand:

"Je m’étonne du procédé. A mon avis. c’est irréalisable." dit Jean-Luc Ardite, président du Parti du Travail de Genève

Et oui, désormais, il faut déposer une demande pour pétitionner publiquement…

" Je ne suis pas sûr d’avoir vu dans l’appel lancé qu’ils sont bien anticapitalistes", révèle Jean-Michel Dolivo, de solidaritéS-Vaud.

Dame ! il y a un brevet d’anticapitalisme ? Et il s’acquiert où ?

"De prime abord, c’est plutôt séduisant. Je crains seulement qu’il ne s’agisse d’une agitation sans lendemain plutôt que d’une réelle réflexion politique." déclare avec emphase Alain Bringolf, ancien président du PST-POP

Diable, où est-ce qu’on va avec tous ces agitateurs…

"Je suis prêt à accepter leur rhétorique antisocialiste pavlovienne s’ils sont sérieux" concède Christian Levrat, chef du PSS.

Oups, on ne rigole royalement pas dans ce milieu…

On se demande presque comment la gauche d’opposition existe encore avec tant de donneurs de leçons et de rabatteurs de joie…

Je sais que c’est triste tout cela, mais le train est parti, les signatures s’accumulent, les casseurs d’espoirs ne réussiront peut-être pas à empêcher un mouvement pluriel de naître. Ce n’est pas une course contre la montre, mais une course de sens.

Ah, si toutes ces bonnes âmes, qui ont l’air de connaître leur Capital par coeur, étaient juste un peu animées du merveilleux Manifeste des intellectuels antillais "pour des sociétés post-capitalistes"… On sortirait de passéisme et on entrerait vers le possible.

solidaritéS: comme un déficit de fraternité…

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solidaritéS sera en congrès national avec ses 4 sections (Genève, Bâle, Vaud et Neuchâtel) dans quelques jours. Le parti suisse du travail-POP le fut aussi il y a quelques mois.

Comme le militant que je suis, partage une histoire commune depuis 2003, celle de "A Gauche toute !", je me suis plongé avec curiosité sur les textes de mes camarades de chambrée.

Pas beaucoup de surprise sur l’analyse du capitalisme helvétique et mondial. Nous avons de larges convergences sur la résistance à ce système, même si tout cela est dit de manière assez traditionnelle. Le seul élément rafraîchissant est l’apparition d’un discours sur la décroissance dans le cadre d’une réflexion sur l’écosocialisme…

Non, l’élément de surprise principal… c’est la large convergence de stratégie entre solidaritéS et le PST-POP sur l’identité, la recherche de pureté révolutionnaire, bref sur la solitude d’une extrême-gauche passablement marginalisée.

Bizarrement entre les responsables du PST-POP, qui rêvent de s’appeler bientôt "parti communiste suisse" et les responsables de solidaritéS qui veulent devenir le seul parti anticapitaliste, il y a comme un parallélisme: celui du "regroupez-vous autour de moi, je suis dans le vrai…"

Depuis 2003 pourtant, un espoir était né, celui de regrouper dans la diversité, toutes les composantes de la gauche de résistance en Suisse. Du chemin a été parcouru. Pas facile lorsqu’on connaît l’attachement de cette gauche à marquer à la culotte la moindre divergence de détail, sans parler des egos des militants.

Vous ne trouverez rien, rien de rien, dans l’analyse de cette période 2003-2009. Une sorte de trou noir. Dans le canton de Vaud, ce fut des innombrables assemblées communes, des congrès, des commissions de travail, des programmes communaux et cantonaux communs. Et même des élus communs ! Tout cela est passé à l’as, sans analyse même critique sur ce passé récent.

A Gauche toute ! / Linke Alternative est une histoire close apparemment. Mais le plus étrange, tant pour le PST-POP que pour solidaritéS, cela se fait en passant comme chat sur braises, comme pour ne pas devoir débattre.

Or le débat essentiel est celui du travail en commun, de la militance commune dans une même force anti-capitaliste nationale avec une vie démocratique plurielle à l’interne. C’est le seul enjeu qu’attendent tant de femmes et d’hommes authentiquement à gauche, qui en ont ras-le-bol des divisions sectaires et du repli sur soi. Et tout cela au coeur d’une crise financière et écologique du système. C’est aussi de cela que débattent nos camarades en Grèce, au Portugal, en France, en Allemagne.

sectarisme

Les uns cherchent leur Besancenot sexagénaire, les autres leurs faucilles et leurs marteaux; la gauche est dans de beaux draps avec des configurations pareilles.

Il y a quelque chose qui manquera décidément toujours, c’est un peu de fraternité et de modestie dans nos combats. Cela ferait tellement de bien.

Il ne reste plus qu’à espérer que les unitaires de toutes les formations de la gauche de transformation sociale s’insurgent et refusent les murs que certains s’évertuent à élever pour la survie de leurs chapelles ! On verra…