Je voulais partir sur la pointe des pieds…

carte coul

Un peu comme on ferme une porte sans faire de bruit. Mais d’autres, au sein du POP vraisemblablement, en ont décidé autrement.

En 2007, j’ai quitté le parti suisse du travail (PST-POP) et j’ai demandé que mon appartenance politique au Parlement soit clairement indiquée « La Gauche / Alternative Linke / La Sinistra » pendant la législature 2007-2011. Car j’ai participé dès le début à la création de ce mouvement national, destiné à recueillir toutes les formations à la gauche des socialistes et des verts. Et je tenais à marquer que ma présence à Berne était liée à ce projet unitaire. Peu ont remarqué cette évolution.

Le 16 avril dernier j’ai adressé ma démission à la section de Lausanne du POP & Gauche en mouvement. J’imagine que les lenteurs bureaucratiques et le printemps pluvieux ont un peu assoupi la prise en compte interne de ce départ.

Je ne le cache pas: je ne reconnais plus le parti auquel j’ai adhéré à 16 ans. J’ai de la peine à supporter ce lent déclin d’un mouvement que j’ai tenté d’animer pendant 25 ans. La politique du hérisson ne correspond pas à mon tempérament de lutteur et d’activiste.

J’aime nager dans les eaux de la gauche populaire et conviviale. C’est mon terreau ici et ailleurs. D’ailleurs, comment cesser le combat volontariste pour transformer ce monde où l’argent est devenu un défoliant planétaire ?

Je continuerais donc à soutenir le projet unitaire de « La Gauche », convaincu qu’il n’y pas d’autres espoirs que d’unifier sans sectarisme toutes les composantes de la gauche alternative. Au plaisir de nous rencontrer dans les luttes.

Semences occupy

carottes

La Cour de Justice de l’Union Européenne a pour l’heure désavoué l’association Kokopelli. De quoi s’agit-il ?

D’un côté Kokopelli, l’association française qui se bat depuis 20 ans pour la libération des semences et de l’autre le loby semencier représenté par l’Européan Seed Association. Pour l’heure, les semences enrobées de pesticides Cruiser ou Gaucho, celles qui nous empoisonnent la vie depuis un demi-siècle, sont reconnues dignes de « productivité agricole accrue ».

Ouste donc, le commerce de semences de variétés anciennes, héritage de décennies de préservation du patrimoine ! Leur mise hors-la-loi semble donc bel et bien programmée sous la pression des multinationales.

Les semences de petits producteurs, des associations de défense de la biodiversité, des jardiniers fous n’ont pas la chance d’être des tournevis ou des marteaux… pour lesquels il n’existe aucun Catalogue officiel.

Et la situation s’aggrave sur l’ensemble de la planète. Le Mexique, berceau historique du maïs a perdu 80% de ses variétés traditionnels. L’inde avait 2000 riz différents, il en reste 50. L’humanité avait 8500 espèces végétales pour son alimentation, ele se résout à consommer maïs et soja chimériques…

Pendant ce temps, l’hydre OGM s’étend, comme par hasard dans les pays du tiers-monde. La course de vitesse avec la résistance paysanne est devenu un enjeu de société.

Car la liberté des semences est un droit de l’homme, un droit écologique, économique et culturel.

Dans tous les pays se créent des cercles de résistants inquiets pour la sécurité alimentaire et nutritive, inquiets de la monoculture qui s’étend. C’est la petite paysannerie et la souveraineté alimentaire qui est en jeu derrière cet énorme brevetage du vivant. Et à terme la mort du goût. Les grandes tables de France qui s’approvisionnent directement auprès des semences libres ne s’y trompent pas…

En une année, la toute jeune association Kokoppeli-Suisse a déjà recueilli l’adhésion de 400 personnes. Un signe.

Comme le dit Vandana Shiva. écologiste indienne, prix nobel alternatif 1993: « Occupons nos semences ! »

publié sur hebdo.ch

Métier de sommelier: motion adoptée !

JAKE

En 2010, j’ai déposé une motion au Parlement demandant la reconnaissance fédérale du métier de sommelier. J’invitais le Conseil fédéral à mettre en place un certificat fédéral de capacité ou un brevet fédéral pour la sommellerie.

La profession de sommelier et sommelière est essentielle pour la gastronomie, le tourisme et l’hôtellerie. Il est dommageable que, pour cette profession, il n’existe qu’un seul certificat dans un seul canton. Au moment où la viticulture suisse connaît un renouveau et une attention internationale, il convenait de soutenir cette profession d’avenir.

Mon ami Ueli Leuenberger a repris cette motion à mon départ du Parlement. Il vient de la faire adopter cette semaine lors de la session.

Je voterai Savary-Recordon

Recordon Savary

Nous ne sommes plus en 2003, ni en 1999. Le canton de Vaud depuis les dernières élections fédérales de 2007 n’a plus de représentants de la droite au Conseil des Etats. Juste retour des choses après tant d’années d’hégémonie.

Géraldine Savary et Luc Recordon ont représentés les intérêts des milieux populaires dans la chambre des cantons ces quatre dernières années.

Lorsqu’un ou deux sièges étaient détenus par la droite, il y avait sens de présenter des candidatures multiples à gauche. Pour ratisser large. Pour défendre des positions alternatives.

Je constate qu’à Genève, solidaritéS et le Parti du travail ont su déposer des listes avec leur intitulé de parti, tout en portant les noms de Liliane Maury Pasquier (PS) et Cramer (Verts) pour le Conseil des Etats…

Il y a un parfois la nécessité de sortir du sectarisme d’organisation et faire un pas vers l’autre. A moins de souhaiter que les deux sortants ne passent pas au 1er tour, pour négocier je ne sais quoi pour le 2ème tour. Ces calculs politiciens sont futiles. Toute la gauche appellera finalement à voter le ticket Savary-Recordon.

Je voterai donc sans hésiter Géraldine Savary et Luc Recordon dès le 1er tour.

Marc Vuilleumier, Syndic de Lausanne ?

Vuilleumier

Les élections lausannoises sont presque derrière. La Municipalité est au complet. Il reste encore la question de la syndicature.

Après avoir tartiner à longueur de grande analyse sur le maillon faible popiste de la Municipalité, la presse « autorisée » a dû constater sobrement la 2ème place de Marc Vuilleumier, juste à une encablure de voix du 1er, le représentant du PS.

La presse « autorisée » est toujours humble, elle n’a pas l’habitude de se poser des questions indélicates qui sortent de l’entendement du landerneau politique.

Au fond, pourquoi Marc Vuilleumier ne serait pas un syndic potentiel ?

Parce qu’il ne fait pas partie du premier parti de la Ville ? Tiens, Daniel Brélaz, non plus, ne fait pas partie du premier parti.

Parce qu’il est popiste ? de La Gauche qui s’est renforcée au sein du législatif ? Tiens donc, il y aurait alors des ostracismes inexplicables et inexpliqués.

Il y a ainsi des hypothèses qui se discutent et d’autres qu’on n’ose pas prononcer.

Je n’ai pas demandé à Marc Vuilleumier son avis sur la question. Le problème n’est pas là.

Maintenant qu’il a été élu et bien élu. L’hypothèse d’un syndic popiste, rassembleur et populaire est aussi plausible, qu’un syndic socialiste ou écologiste.

La moindre des choses serait de mettre la question sur le tapis. On peut très bien être Maire ou Syndic d’une Ville, sans être dans le grand parti majoritaire. C’est une question politique simple et simplement humaine. Au Locle et à Renens et par tournus à Genève, Carouge, c’est le cas. Alors ?

Lucarne de départ pour H-R. Merz: vendredi

Mirador

Tout est en ordre. La crise libyenne est terminée, les otages suisses sont au bercail.

Tout est en ordre. Le peuple suisse n’aura pas la possibilité de se prononcer sur l’accord USA-UBS. Les dirigeants maffieux de la banque (et leurs bonus !) sont sauvés grâce à l’UDC et quelques autres… Le secret bancaire est sauf, la déculottée est minime pour la finance suisse. Il n’y aura pas de crise avec les USA, pas de démantèlement des grandes banques, de plus en plus dangereuses pour le bien public.

Le calme va s’imposer, la pose estivale s’annonce. Avec un peu de pain et quelques jeux.

Une lucarne de départ s’annonce pour le Ministre des finances, elle est courte, mais elle peut être salutaire pour le vieux grand parti, qui a une santé à se refaire… Et qui sait un besoin urgent d’occuper l’espace médiatique pour tout faire oublier.

A Caracas, chaque metro cable a un nom

MetroCable Caracas humanismo

MetroCable Caracas amor

MetroCable Caracas etica social

J’ai pris la téléphérique « amour » et je suis rentré avec celui « d’éthique sociale ».

Le tout nouveau MétroCable inauguré dans le quartier St-Augustin de Caracas le 1er janvier dernier est une belle réalisation sociale et écologique.

Quartier, disons bidonville… enfin desservi, par un transport public qui joue ici le rôle de transformation sociale. Il fait s’imaginer 40.000 habitants, vivants dans des maisons de tôles, sans rues. Des milliers de femmes obligées de transporter quotidiennement nourriture, effets ménagers sans moyen de locomotion dans un « barrio » particulièrement escarpé.

Le gouvernement Chavez a mis en route une démarche originale de transport public (5 stations intégrées au réseau du métro, 52 cabines, sur 1,8 km, avec des tickets bon marché), première étape de réhabilitation sociale du quartier, avec installation de dispensaires de santé, d’écoles, de centres culturels tout cela avec un processus d’autogestion et de démocratie de base.

Normal, après cela que les cabines portent les noms d’amour, humanisme, souveraineté, justice sociale…

Un après la guerre, le ghetto de Gaza

Gaza janv.2010 010

Vivre dans ce territoire, c’est mourir à petit feu, prisonnier dans un camp à ciel ouvert, comme a pu le constater une délégation européenne en visite ce week-end.

A chaque voyage vers Gaza, le doute me tenaille: encore une délégation parlementaire… y aller, ne pas y aller? J’y suis parti en bateau avec «Free Gaza» à partir de Chypre en novembre 2008 avant l’invasion israélienne, pour rompre le blocus. Puis, avec une délégation de quatre parlementaires suisses, en janvier 2009, sur les tas de gravats encore fumants.

Et aujourd’hui, un an après. Ces officialités peuvent paraître fastidieuses. Mais à chacun de mes retours, j’ai l’intime conviction qu’il est indispensable que les habitants de Gaza et les Palestiniens en général ne se sentent pas abandonnés. Les responsables et les habitants que nous rencontrons nous le disent à chaque fois: «Votre présence est une bouffée d’oxygène.» Egalement du voyage, le chanteur vaudois Michel Bühler a la même réaction: «Nous avons pu organiser un petit concert dans une école de musique. Les élèves et moi-même avons interprété quelques chansons. Une fois de plus, il était très important de montrer qu’ils n’étaient pas tout seuls. Leur grande crainte est que tout le monde les oublie.»

Dans les faits, ces intrusions de parlementaires dans le ghetto de Gaza sont des actes officiels de solidarité. Elles constituent une pression sur les autorités israéliennes et aussi égyptiennes, ne l’oublions pas, tous les deux responsables du blocus.

Alors que la «Marche internationale pour la liberté de Gaza», rassemblant 1’400 personnes a été bloquée au Caire pendant une semaine, avec des encerclements policiers permanents, le régime égyptien a dû céder à la pression internationale à la dernière minute et permettre l’entrée des 60 parlementaires européens (lire ci-dessous).

Israël soutient que le blocus de Gaza, en vigueur depuis juin 2007, répond aux attaques à la roquette que des groupes armés palestiniens ont menées sur le sud d’Israël à partir de la bande de Gaza. Le fait est qu’au lieu de viser des groupes armés, ce blocus punit toute la population en imposant des restrictions aux livraisons de nourriture, de médicaments, de fournitures scolaires et de matériaux de construction.

L’opération «Plomb durci» menée par l’armée israélienne du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 n’a fait qu’accentuer à l’extrême, l’isolement et le dénuement de la bande de Gaza où vivent près d’1,5 millions d’habitants, ce qui en fait le territoire le plus peuple de la planète. Comme le rapporte clairement Amnesty International, «le blocus asphyxie la population, dont plus de la moitié est constituée d’enfants, dans pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. On ne peut laisser se poursuivre l’isolement et la souffrance dans lesquels elle est de plus en plus plongée.»

Gaza 2010 Quartier

Israël a beau rejeter les conclusions d’Amnesty international et refuser de prendre en compte le rapport Goldstone, la réalité de l’invasion, c’est 5’300 blessés, 1’400 morts, dont parmi eux moins de 250 étaient des combattants. Le plus incompréhensible, face à la brutalité israélienne permanente, c’est la longue retenue palestinienne. Car le rapport Goldstone est formel: bien sûr qu’il fait le décompte des crimes de guerre commis par les autorités de Gaza, comme les tirs de roquettes sur les civils israéliens, mais il fait surtout la longue liste de ceux commis par l’armée israélienne… Notamment, des «détails» qui tuent: la mission de l’ONU rapporte clairement que certains soldats israéliens se sont servis de civils comme de boucliers !

Face à tous ces blocages institutionnels internationaux, les exigences des parlementaires suisses sont claires. La Suisse doit s’engager sur le plan international avec force pour que le blocus que subit Gaza soit immédiatement levé sans conditions, que sur la base du rapport Goldstone, les dommages matériels et la reconstruction promise soit assumée par les responsables du conflit, que les résultats des élections démocratiques de 2006 soient reconnus, que toutes les parties palestiniennes deviennent des interlocuteurs sans exclusive et enfin que cesse toute collaboration militaire avec Israël.

La Suisse officielle a une position particulière dans le conflit. D’une part, elle a maintenu l’essentiel de son dispositif humanitaire et de coopération dans le ghetto de Gaza, sans concentrer toute son aide en Cisjordanie, comme la plupart des pays occidentaux. Elle maintient d’autre part des contacts avec toutes les parties palestiniennes, y compris le Hamas.

Malgré la votation sur les minarets, la Suisse conserve une image de confiance chez tous les interlocuteurs. La délégation helvétique l’a fortement ressenti de la part du gouvernement du Hamas. Car, qu’on le veuille ou non, c’est bien là, un élément essentiel de la situation politique. Les résultats des élections démocratiques de 2006 ont donné une victoire du Hamas; ce mouvement que la plupart des chancelleries occidentales continuent à faire figurer sur la liste des organisations terroristes.

Gaza janv.2010 021

Même Robert Malley, ancien conseiller du président Clinton pour le Proche-Orient salue la diplomatie suisse et sa volonté de maintenir le dialogue avec toutes les parties: «Cette ouverture est essentielle, alors que le paysage politique des deux parties est plus émietté que jamais. On ne peut plus privilégier certains interlocuteurs comme le Fatah, puisqu’ils ne sont plus en mesure de conduire les événements sur le terrain.» Et Robert Malley insiste sournoisement: «La continuation du blocus alimente le mécontentement populaire. Mais il renforce l’emprise du Hamas sur la bande de Gaza. A force d’assécher les échanges économiques et commerciaux, le monopole retombe dans les mains de ceux-là même qu’on cherche à affaiblir, soit le Hamas.»

La délégation a donc longuement rencontré le premier Ministre appartenant au Hamas, Ismaël Haniyeh, ainsi que d’autres membres du gouvernement. L’objectif est de casser les exclusives, d’ouvrir des perspectives de dialogue en vue d’une réconciliation inter-palestinienne, indispensable à la reprise d’un processus de paix.

Toutes ces actions parlementaires ne seraient finalement rien sans les actions citoyennes de solidarité avec le peuple palestinien menées dans tous les pays, et surtout sans une amplification de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction) à l’égard de l’Etat d’Israël, comme autrefois dans la campagne anti-apartheid sud-africaine.

Composition de la délégation européenne

La délégation européenne était composée de plus de 60 députés représentant 15 pays. Organisée par la «Campagne européenne pour mettre fin au blocus de Gaza», elle a passé, dans les faits, 48 heures dans Gaza même, après l’autorisation de dernière minute des autorités égyptiennes. Elle s’est rendue au siège du Conseil législatif palestinien et visité les locaux bombardés par l’occupation israélienne. Elle a eu des entretiens avec la commission chargée d’archiver les crimes de guerre, les ONG de Gaza, l’ONU. Elle a visité des quartiers, des écoles, durement éprouvés par le blocus arbitraire. Elle a eu enfin des rencontres avec le secrétaire général de la Ligue Arabe, le ministre égyptien des Affaires étrangères et le président du Parlement de ce pays.

La délégation suisse était composée de Geri Müller (Les Verts), Jean-Charles Rielle (PS), Josef Zisyadis (POP / La Gauche), ainsi que du chanteur Michel Bühler. Elle était aussi accompagnée de Ender Demirtas et Anouar Gharbi, militants de l’association genevoise Droits pour tous.

Le printemps révolutionnaire de Michel Bühler

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C’est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains en ce début d’hivernage, de refroidissement de la pensée.

Michel Buhler nous convie à un petit itinéraire personnel à travers le regard de ces quelques enfants d’aujourd’hui, qui sont les nôtres. Itinéraire sur ces 40 ans de luttes où nous avons échoué à changer vite le monde comme on le rêvait.

Le capitalisme a provisoirement gagné une sacrée bonne première manche. Nous allons vivre la suite avec délectation. Et c’est juste à ce moment-là que Michel y va de son petit traité intitulé pour les intimes "De la nécessité de la Révolution".

Et il ose reparler de communisme, d’utopie, de biens communs à partager, de combats et surtout d’amitiés fidèles.

Cela me rappelle le Michel de Paris, puisque c’est là-bas que je l’ai connu d’abord. Il venait chanter pour notre paroisse de la Mission populaire évangélique, où j’étais pasteur à Belleville. Au coeur de ce quartier populaire, il laissait échapper quelques notes de tendresse qui redonnait de l’espoir à lutter. Ces concerts offerts valaient de l’or à l’époque pour nos finances trouées.

Michel, tu as bien fait de l’écrire ce bouquin. Car jamais nous ne serons des convaincus, mais des êtres qui cherchent à le devenir jour après jour.

Payer au juste prix son alimentation ou son natel ?

Vente directe aux Jardins d'Ouchy

Passionné de souveraineté alimentaire, initiateur de cercles d’agriculture contractuelle dont les célèbres Jardins du Flon , le président des « Jardins d’Ouchy », le conseiller national Josef Zisyadis, a bien voulu répondre à nos questions.

Prometerre infos : Qu’est-ce qui vous pousse, vous parlementaire de gauche, plutôt voué à la défense syndicale, à vous intéresser à l’agriculture et aux agriculteurs ?

Josef Zisyadis : Je suis passionné depuis longtemps par deux questions qui me paraissent essentielles:

1. Le repositionnement de l’économie dans des structures autonomes décentralisées les unes des autres. Donc le développement de l’économie sociale et solidaire.

2. La standardisation de la nourriture et l’uniformisation du goût pour l’ensemble de la population de la planète, avec ce que cela induit comme impérialisme culturel et donc économique.

La communauté qui nous nourrit quotidiennement exige de notre part de la cohérence. Ou nous voulons un avenir préparé par les multinationales agro-alimentaires ou nous voulons une agriculture paysanne.

L’agriculture contractuelle peut-elle jouer un rôle significatif dans le développement du secteur agricole ?

Elle joue un double rôle. Un rôle de rapprochement entre ville et campagne, par la prise en charge décentralisée de processus de vente directe. Elle joue aussi un rôle économique certain par la nature des échanges entre des « consomm’acteurs » et des producteurs. La proximité et la saisonnalité intervient, mais aussi la fixation de prix justes, corrects avec une liberté de proposition du producteur. C’est tout de même un changement complet de perspective, si on y réfléchit bien. Le paysan est payé à l’avance, comme un loyer ; c’est lui qui propose le contenu du panier. Nous mettons en route économiquement un tout autre rapport avec la nourriture. Elle reprend une place centrale dans notre vie.

Il faut miser sur une augmentation de ce type d’initiative, à condition qu’elles restent à taille humaine et qu’elles permettent toujours une autogestion du processus. L’avenir dira si l’agriculture contractuelle prendra une très grande ampleur. En tout cas, les initiatives lancées cartonnent. Si j’avais le temps, j’en lancerais 10 à Lausanne…

Quelle est votre appréciation de la situation de l’agriculture en Suisse aujourd’hui ?

La mondialisation est en train de produire une prise de conscience des limites de la planète, face à l’impérialisme de la techno-science. C’est nouveau et en complète contradiction avec le vieux slogan du développement sans fin.

L’agriculture suisse est à la croisée des chemins : soit elle se bat contre sa liquidation voulue par l’OMC, soit elle redécouvre un fait essentiel : être la communauté nourricière de la Suisse demande de l’ensemble de la société la préservation de son agriculture et la reconnaissance de son statut de service public. Il faut la sortir de la marchandisation généralisée et faire appliquer le principe de souveraineté alimentaire.

Quelles perspectives voyez-vous pour l’agriculture suisse dans les prochaines années ?

La réalité aujourd’hui, c’est que l’alimentation est suffisamment bon marché et que si elle le devient encore plus, c’est pour se soumettre aux diktats des industries multinationales agro-alimentaires. Il n’y a aucune raison d’accepter le futur qu’ils nous préparent: être pauvres et obèses avec une nourriture de mauvaise qualité. Il faut simplement payer au juste prix le travail agricole. Mais pour cela, il faut que les intermédiaires cessent de s’en mettre plein les poches.

L’agriculture suisse avec ses 60.000 exploitations doit être protégée. La Suisse doit se battre pour faire émerger sur la scène internationale le concept de souveraineté alimentaire et sortir l’agriculture du processus de libéralisation. De leur côté, les producteurs doivent tout miser sur la qualité et la promotion de produits authentiques qui parlent aux consommateurs.

Quel regard portez-vous sur l’action de la défense professionnelle agricole en Suisse et dans le canton de Vaud en particulier ?

Nous avons la chance d’avoir, à côté d’un secteur de défense professionnelle «traditionnelle», un syndicalisme combatif et imaginatif lié à Via Campesina . Tout cela fait un cocktail intéressant de défense du monde paysan, notamment dans le canton de Vaud qui garde une perception forte de la campagne. Cependant, les organisations professionnelles doivent redoubler d’effort pour nouer et maintenir des contacts tous azimuts dans les années difficiles qui viennent, afin de faire comprendre que les problèmes du monde paysan sont ceux de l’ensemble de la société.


Les propos complets recueillis par J.-L. Kissling pour Prometerre Infos